6 ans

Aujourd’hui, Chéri et moi fêtons nos 6 ans.

Ce n’est peut-être pas grand-chose dans une vie, ou peut-être que quand même, ça commence à compter, je ne sais pas …
J’ai toujours eu tendance à penser que l’importance d’une relation ne se mesurait pas en temps mais en intensité alors 6 jours, 6 mois ou 6 ans… Peu importe du moment qu’on vit quelque chose de beau.

Ce chiffre 6 pour nous est important, c’est « notre chiffre » depuis le début : il est né un 6, je suis née un 6, nous nous sommes rencontrés un 6. Et aujourd’hui, ça fait 6 ans.
Pour les 2 amoureux du symbole que nous sommes, ce n’est pas rien.

Je me souviens si bien de ce 6 mars 2012, cette journée émotionnellement chargée : un au-revoir d’abord, qui s’est avéré être un adieu, des valises faites à la va-vite, comme une urgence qui me brulait le corps, prendre tout ce qui est important (il y a-t-il des objets importants ?) et ne pas s’encombrer du reste, 7h de route toute seule, la peur au ventre de repartir à zéro, abandonner tout ce que j’avais construit, la peine de faire de la peine et en même temps, l’euphorie de reprendre ma vie en main, écrire une nouvelle page et la certitude de faire ce qu’il fallait et ce qui était juste.

Je me souviens ma colère et de mes larmes ce soir-là, parce que finalement, il avait décidé de rebrousser chemin et de ne pas venir.

Lui et moi, « c’était perdu d’avance » disait-il.

Je me souviens de la rage, l’envie de hurler et de balancer mon téléphone par la fenêtre. D’avoir été menaçante et implacable, de lui avoir dit que s’il ne se ramenait pas tout de suite (oui là maintenant tout de suite, à plus de minuit) il était hors de question qu’il me rappelle et qu’il pouvait oublier mon numéro.

Je me souviens de cette attente interminable où mon cœur battait à tout rompre sans savoir ce qu’il allait faire, des cigarettes fumées dans le noir pour essayer de m’apaiser jusqu’à ce que je reçoive ce sms : « Je suis devant chez toi »

Je me souviens du bruit de mes pas sur le bitume quand je marchais vers sa voiture, fébrile et morte de peur mais bien décidée à ne rien laisser paraitre.

Du bruit de la portière que j’ai ouvert sur ma destinée en tremblant.

Du regard malicieux et du sourire en coin qu’on s’est lancé en se découvrant en chair et en os pour la première fois, parce que tout cela était quand même assez dingue et que l’un comme l’autre on avait du mal à croire qu’on se tenait enfin l’un en face de l’autre.

« Je suis réelle » lui ai-je dit en riant et pleine d’une assurance complètement feinte, juste pour briser le silence qui envahissait l’habitacle, lui qui ne croyait que je n’étais qu’une entité virtuelle qui n’existait que derrière son écran.

Je me souviens de ses bras tendus vers moi pour me serrer contre lui et de nos lèvres qui se sont trouvées, tout de suite, violemment, urgemment.

Et qui 4 heures après, quand il a fallu se séparer à 4h30 du matin, n’étaient toujours pas assouvies de l’autre.

Je me souviens des SMS enflammés qu’on a continué à s’envoyer jusqu’à ce que le jour se lève et que l’on tombe de sommeil, le téléphone à la main, pour se réveiller 2h après et continuer encore et encore, planifiant de se revoir le matin même.

Des jours qui ont suivi, à ne rien faire d’autre que d’attendre d’être ensemble, de se voir tout le temps, tous les jours, le plus possible et du déchirement que c’était de se séparer, même quelques heures.

Des soirées avec ses amis, déjà, à qui il disait des choses folles sur ses sentiments à mon égard alors que, putain, on ne s’était rencontrés que depuis 3 jours!

Je me souviens du désir qui brûle et de l’appréhension de cette « première fois » qui ne va pas tarder à arriver, de la peur que nos peaux ne s’accordent pas, de la peur de ne pas plaire, de décevoir, ou de ne pas « être à la hauteur » (A la hauteur de quoi ?)
Avoir peur et se le dire sans crainte, comme pour une vraie première fois, passer des heures à se préparer, choisir avec soin les vêtements, les dessous, le maquillage et la coiffure, parce qu’on se doute que ça arrive et que ce soir, peut-être …

Je me souviens de notre première nuit qui s’est transformée en premier week-end. De mes premiers pas, timides et hésitants, dans cette maison qui deviendra « chez moi ». Du canapé qu’on a jamais beaucoup quitté. Du repas de fromage qu’on a dévoré sur le pouce vers 1h du matin parce que manger était devenu une activité secondaire.

Je me souviens de cette nuit sans sommeil, puis le lendemain, décider de se lever à 13h sans une once de culpabilité – le temps n’a pas vraiment d’emprise à ce moment là –  de la salade de 16h, sur la terrasse au soleil du printemps, de cette envie de tout connaitre de l’autre, de ces projets que l’on commence à faire et de ces discussions qui déjà n’en finissent pas.

Je me souviens de toutes ces heures, ces journées passées à essayer d’assouvir ce désir sans jamais y arriver, de ne pas se lasser de se toucher, s’étreindre, se découvrir, explorer chaque recoin de nos peaux, lâcher prise, perdre pied, partir très loin dans le beau et aller jusqu’à en pleurer. 

Il m’arrive parfois d’avoir la nostalgie de ces moments et de cette époque un peu folle, fusionnelle et passionnelle où rien d’autre ne compte que l’autre.

Parce que, soyons honnête, au bout de 6 ans, on est loin d’être tous les jours dans la séduction, on n’est pas tous les jours en train de se grimper dessus et on ne passe plus toute la journée au lit (ou si c’est le cas, c’est à cause d’une gastro et non d’autre chose)

Cette époque est révolue et ne reviendra pas, ça peut sembler triste mais quand je pousse un peu plus loin et que j’essaie de me souvenir de tout ce qu’on a vécu et traversé, j’ai la certitude qu’au contraire, tout cela s’est transformé en quelque chose de plus fort et de plus beau et qu’il n’y a rien de triste à ça.

Le fait d’assister à cette transformation a quelque chose d’assez fascinant.
Bien sur, je dis « assister à cette transformation » par facilité mais ce n’est pas aussi simple. La transition est discrète, imperceptible. Et quand on s’en rend compte, elle a déjà eu lieu sans faire de bruit et sans qu’on s’en aperçoive.

C’est le moment où l’on passe decelui où on joue un rôle (celui de la séduction), celui où on essaie de paraitre plus beau, plus intelligent, plus grand intérieurement que ce que l’on est vraiment, à celui que l’on est vraiment, sans masque, laissant entrevoir à l’autre ses travers, ses doutes, ses craintes … Sa part d’ombre.  

Jusqu’à présent chez moi, cela s’est toujours fait dans la douleur car c’est aussi le moment où l’on se décolle un peu, où l’on peut avoir tendance à se sentir délaissée, moins aimée, moins désirée … et ça, avant, je ne le supportais pas.

Sans parler de tous ces défauts qui au début nous font rire ou qui nous émeuvent et qui au bout d’un moment nous agacent et nous tapent sur le système.

Au bout de combien de temps ? Pourquoi ? Je ne saurai le dire mais il semblerait que ce soit inéluctable et tellement banal.

Que reste-t-il quand il n’y a plus rien à découvrir de l’autre ?
Est-ce qu’il est possible de n’avoir plus rien à découvrir ?

Aujourd’hui, peut être parce que c’est lui (c’est mon côté fleur bleue) et que je n’en doute pas ou peut être parce que je suis plus sage (mon côté vieille) mais je vis la chose avec beaucoup plus de philosophie et même de tendresse.

Du fantasme à la réalité, il y a un monde.
Il n’est pas exactement celui que j’imaginais le jour de notre rencontre, il y a 6 ans jour pour jour.
Non, il est différent, et scoop : il a des défauts. Beaucoup de défauts.
Evidemment, j’en ai aussi des tonnes, que je me suis bien gardée de montrer et que j’ai pris soin de dissimuler au début, il pourrait donc écrire la même chose sur moi.

Mais au delà de ça, j’aime son regard sur le monde, même s’il n’est pas toujours très tendre.
J’aime son intelligence et sa culture, sa philosophie, son talent, sa générosité.
J’aime le fait de vivre avec lui une vie qui ne ressemble à aucune autre, de partager avec lui des tonnes de souvenirs, d’anecdotes et de fous rires.
J’aime le connaitre aussi bien qu’il me connait, le comprendre en un regard, se parler sans les mots.
J’aime ce qu’il est et ce qu’il m’a aidé à devenir.

En 6 ans, tout n’a pas été tout rose bien sûr, ce serait mentir que de le dire.

Il y a eu des milliers d’accrochages et de disputes, des graves et des moins graves…

Il y a eu des épreuves difficiles, il y a eu la maladie, celle des autres, la mienne, la sienne, chacun son tour, comme si la solidité de notre couple devait être testée.

Je me souviens des premières larmes qu’on s’est autorisés à verser parce que l’autre est devenu, au delà de tout, un roc auquel il fait bon se raccrocher quand la tempête est trop violente.

Parce qu’on a compris sa bienveillance, son soutien sans faille, son absence de jugement… Parce qu’on sait que même sans fard, même dans la douleur, même si on n’est pas au top, l’autre sera là.

Ce n’est plus une question de physique, un critère ô combien futile et changeant, c’est une question d’âme.
L’autre peut être malade, fatigué, plus gros, plus maigre, être déprimé, un peu aigri par moment, pris par ailleurs, avoir les cheveux gras ou mauvaise haleine … on l’aime quand même.

Aimer autant que d’être aimée,c’est assez nouveau pour moi. Je ne me lasse pas de m’étonner chaque jour que cet homme que j’aime m’aime aussi (pourquoi ??? comment cela peut il être possible ???) et de la chance que nous avons de vivre ça.

La chance, le bonheur … ça tourne me direz vous …
Sans aucun doute.
Tout est éphémère et rien ne durera éternellement.
Ce que je vis aujourd’hui ne sera peut être (certainement!) plus là demain.
Raison de plus pour en savourer chaque miette que la vie nous offre.

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