Lettre ouverte

J’avais juste envie de t’écrire, ce matin au réveil, comme ça, sans raison.
Je n’ai rien planifié, rien réfléchi, j’ai juste envie de faire glisser les mots, je ne sais même pas ce que je vais écrire si ce n’est que je pense à toi aujourd’hui, comme souvent d’ailleurs, je n’ai pas besoin d’attendre de dates clés pour penser à toi.

Aujourd’hui, ça fait 7 ans.
7 ans qu’on ne s’est pas vus et 7 ans que tu es parti pour ce voyage sans retour.

Tu me manques.
Est-ce qu’à un moment, dans la vie, on grandit et on cesse d’être une petite fille en manque de son papa ?

Probablement pas.

7 ans déjà, c’est assez fou.
J’en ai fait des choses pendant tout ce temps, tu sais.

Je sais que j’ai changé, profondément, parfois on me reproche de ne plus être celle que j’étais avant, je suis plus grave, moins fun, plus posée, moins insouciante et ton départ n’y est évidemment pas pour rien.

La souffrance change les gens, elle fait grandir, et ceux qui ne l’ont pas vécu ont du mal parfois à le comprendre.

La vie m’a abimée mais elle m’a aussi apporté de belles choses. 
J’ai aimé, j’ai dés-aimé, j’ai re-aimé, j’ai fait des rencontres, j’ai déménagé, j’ai changé de travail plusieurs fois, j’ai voyagé, j’ai découvert, j’ai vibré, j’ai souffert, j’ai fait souffrir, j’ai réussi des choses et j’ai échoué sur d’autres, j’ai pleuré, j’ai ri, j’ai lu plein de livres, j’ai eu des coups de blues et des coups de coeur, j’ai vécu des milliers de choses …

Et tout ça, tu n’étais plus là pour le voir. 
J’aurais pourtant bien aimé que tu vois qui je suis aujourd’hui.

Est-ce que tu aurais été fier de moi ? Ou est ce que tu aurais espéré autre chose pour ta cadette ? Le schéma classique d’un bon travail, une maison en banlieue, un mari avec une bonne situation et 2 jolis enfants ? Ou est-ce que tu t’en foutais et ce qui était important pour toi, c’était juste que je sois heureuse ? 

Parce que je n’ai peut être rien de tout ce qui compose la vie idéale aux yeux des gens mais je crois que je peux dire que je suis heureuse aujourd’hui, enfin, à 35 ans. 

Tu te demandes pourquoi je te dis que je suis heureuse alors que je suis là à t’écrire, avec des larmes plein les yeux qui débordent sans prévenir, hein ? 

Les larmes, ce n’est pas forcément le signe de la tristesse, ça peut être juste de l’émotion.
Et de l’émotion, j’en ai toujours trop eue, il faut bien qu’elle sorte un peu de temps en temps. 

Bien sur j’ai des coups de mou, des coups de déprime, je fais la tête et je boude pas mal mais au fond, je suis heureuse : j’aime ce que j’ai et ce que je n’ai pas ne me manque pas.
Ce que je n’ai plus me manque parfois mais j’apprends chaque jour à vivre sans.

Peut être qu’en fait, surement!, tu le connais, tout le chemin que j’ai fait.
Peut être que tu nous vois et que tu nous suis de là où tu es.
Peut être même que tu veilles sur nous ? 

Ca te fait rire, hein?
Je t’entends te moquer de moi… Toi le scientifique, le cartésien, qui ne croyais à rien de tout ça et à qui il fallait toujours apporter une preuve, maintenant tu la connais la Vérité…
Alors c’est qui qui a raison ?!
Ne t’en fais pas, on en reparlera ! 

Je ne sais pas comment finir cette lettre qui n’en est pas une, pas plus que je ne savais comment la commencer, pourquoi faudrait-il toujours qu’il y ait un début et une fin ? 

Allez papa, pas le temps de m’appesantir …  Je file continuer la vie que tu m’as donnée, en essayant d’être honnête, droite dans mes bottes, loyale et fidèle à tous les principes que tu m’as laissée : le chemin est long et j’ai encore beaucoup à faire. 

Tu es avec moi et je pense à toi, 

Ta papillotte.

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