Inde – Jour 12 – Khajurâho et Bénarès

Mercredi 8 novembre 2017

 

 

 

7h
Au petit matin, alors que la foule des touristes n’est pas encore sur place, on part visiter l’ensemble des temples de Khajuraho, inscrit au patrimoine de l’Unesco depuis 1986.

Vous vous souvenez peut être que la veille, la journée ayant été difficile, je n’étais pas très en forme… Mais ce matin, j’ai repris du poil de la bête et je suis prête à en découdre avec ce pays et surtout profiter à fond des 2 toutes petites journées qu’il nous reste…

 

 

Ces temples sont célèbres dans le monde entier pour les nombreuses scènes érotiques de couples en pleine action, accompagnés et encadrés chaque fois, par deux autres personnages. Ces tableaux  sont comme noyés dans un immense bandeau de figures gracieuses, qui couvre une grande partie des édifices, sur trois niveaux. Une souplesse anime les innombrables figures qui semblent tapisser les murs, dès l’extérieur mais on les trouve aussi à l’intérieur des temples.

Cette pratique s’inscrit dans le prolongement d’une tradition antique nécessitant la représentation à l’extérieur des lieux saints, de couples d’amoureux, les maithunas au caractère protecteur.

 

Les images parlant parfois mieux que les mots, je vous laisse découvrir tout ça par vous même …
(Eloignez tout de même les enfants de l’écran ^^)

 

 

 

Au delà de l’aspect érotique qui peut prêter à sourire (même si n’oublions pas que l’Inde est le pays du Kamasutra) le travail de la pierre est juste hallucinant de finesse et de précision.

Petite digression ici sur le Kamasutra (qui en sanskrit signifie littéralement « les aphorismes du désir »).
Chez nous, nous ne connaissons ce livre que pour les 64 positions sexuelles qu’il recense mais à la base, c’est un traité scientifique composé de 7 livres, conforme à la conception traditionnelle de l’Inde, selon laquelle la sexualité relève de la physiologie et de la vie religieuse, non pas de la morale. Il évoque plusieurs points : les « 3 buts de la vie », les « conseils de bon sens », le « comportement du citadin », le « choix d’une épouse », « les devoirs et les privilèges d’une épouse », les « courtisanes » et les « méthodes occultes » … En plus de toutes les pratiques liées à la sexualité.
Un ouvrage beaucoup plus spirituel que ce que nous connaissons en occident donc …  

 

 

 

Des temples comme celui que je viens de vous montrer, il y en a 22… rien que ça !

 

 

De quoi rester des heures pour tout découvrir …
Les temples de Khajuraho sont vraiment fascinants, sublimissimes, et j’ai plus qu’adoré cette découverte … 

 

 

 

 

 

 

13h
Après le déjeuner, nous allons à l’aéroport de Khajuraho.
Nous devons prendre un vol à 14h15 pour Varanasi (ou Bénarès), la ville sainte.
La visite de ce matin m’a énormément plu et l’idée d’enfin découvrir Bénarès, la ville que j’attends avec la plus grande impatience depuis le début du séjour me transcende.
Je suis extatique, loin des émotions négatives de la veille, même si ces images restent en moi et ne me quittent jamais vraiment.

 

13h30
Fin des réjouissances et retour à la réalité avec le vol annoncé avec un retard de 30 minutes : pas de quoi entacher mon moral.

Et puis, ce n’est pas 30 minutes mais 45, puis 1h, puis 1h30 etc etc …
On reste plantés dans cet aéroport flambant neuf à la climatisation poussée à outrance … Et nous sommes évidemment en tee-shirt. On meurt de froid à petit feu, seul un sweet shirt et une écharpe, que nous partageons à tour de rôle avec Chéir permet de nous réchauffer un peu.

En fait, nous apprenons que l’avion est en retard car il doit décoller de New Delhi.
Et comme la ville est en état d’urgence à cause d’un seuil de pollution anormalement elevé (40 fois la limite autorisée en France), les avions décollent au compte goute.
Forcément, tant qu’il n’aura pas décollé de Delhi, il ne pourra pas venir nous chercher ici et nous emmener à Bénarès. CQFD.
La veille, les passagers n’ont même pas pu embarquer et ont du faire le trajet par la route (15h de car -_- )

Il n’y a plus qu’à prende son mal en patience.

Avec l’heure qui tourne, je commence à me laisser un peu gagner par l’angoisse car ce soir, nous devons voir une cérémonie au bord du Gange (LE truc que je ne voulais rater pour rien au monde)
Et plus le temps passe, plus nos espoirs de pouvoir y assister s’amenuisent …

Mais c’est ainsi, l’Inde m’a rendue fataliste.
Si on ne peut pas y assister, c’est qu’il y a une raison. C’est qu’on ne devait pas y être cette fois-ci … C’est comme ça.

 

 

16h30
L’avion est là, on a tous embarqué et nous sommes prêts à décoller, 2h15 après l’heure prévue. 
Le trajet ne dure qu’1h mais clairement, c’est cuit pour la cérémonie au bord du Gange.
Je suis déçue, archi déçue … mais c’est comme ça.
Et on a déjà la chance d’être dans l’avion, ce qui n’a pas été le cas des personnes qui voulaient faire le même trajet hier.
Alors on ne va pas se plaindre.

 

18h30
Il fait nuit, nous avons atterri, nous avons récupéré nos bagages et la mort dans l’âme, nous sommes résignés à rentrer directement à l’hôtel.
Pas de Gange ce soir, pas de cérémonie.
On découvrira Bénarès demain.
On brûle de frustration, on envisage de se démerder seuls pour y aller quand même à partir de l’hôtel quand notre guide, qui a compris à quel point cela était important pour nous, nous lance :

« C’est trop tard pour la cérémonie mais … Est ce que vous voulez y aller quand même ? On peut tout de même  faire une promenade en bateau sur le Gange »

Je fais un arrêt cardiaque tandis que Chéri pousse un Ouiiiiiii tonitruant et on saute de joie comme des gamins.

Je chiale (encore) : ON VA ENFIN VOIR BENARES DE NUIT PUTAIN !

 

 

 

Bienvenue à Bénarès, la ville sainte, où les mendiants côtoient les sadhus (hommes saints qui ont renoncé à tout et qui vivent de la charité), les touristes, les habitants, les castes se confondent dans un brouhaha inimaginable … 

 

 

 

 

Un cyclo-pousse nous avance le plus possible du ghat principal, le Ghat Dashashwamedh…
Deux mythes hindous en explique l’origine … Selon le premier, Brahma le crée pour accueillir Shiva. Selon le second, Brahma sacrifie 10 chevaux pendant une célébration à cet endroit (je préfère nettement le premier mythe)

 

 

 

 

 

Nous voilà sur le ghat principal, Dashashwamedh
La foule est compacte et agitée … De nombreuses personnes se baignent dans le Gange pour se purifier…

 

Tout se passe très vite, à la vitesse de la lumière.
Un prêtre surgit de nulle part m’attrape par les épaules pour me dessiner sur le front un troisième oeil, je ne sais même pas à quoi je ressemble avec ce truc sur le front mais je sens qu’il s’est fait plaisir sur la déco.

Notre guide (ô précieux traducteur!) demande à un prêtre une bénédiction pour nous 2, et ça se passe à peu près comme à Pushkar sauf que je n’y suis pas du tout et que nous sommes cette fois tous les deux.
Prise dans ce tourbillon de l’agitation générale, du bruit et de la foule, je ne réalise absolument rien.
Mon coeur bat à 300 à l’heure, je regarde à droite et à gauche, je n’écoute rien de ce qu’il se passe  en face de moi mais plutôt tout ce qu’il se passe autour. 

 

 

 

Nous embarquons ensuite sur un rafiot en bois qui, j’en suis sûre, va chavirer.
On va se noyer dans le Gange.
C’est certain. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement tellement ce n’est pas stable.

Chéri tente de venir à côté de moi, je pousse des cris de hyène tellement la barque tangue et que j’ai peur de tomber dans l’eau (vu la couleur – et encore la nuit masque le pire!, je crois que mon système immunitaire ne serait pas suffisant pour m’épargner d’atroces maladies)

Chéri enfin à côté de moi, me souffle à l’oreille :
« On est sur le Gange »

Je sais ce que ça veut dire mais, toute émue, je lui réponds : « Mais on a pas les bagues ! »
Et là Abracadabra ! Il les sort de sa poche comme un magicien.
Il est trop fort, mon homme.

D’un commun accord, nous choisissons plutôt de nous les échanger demain au lever du soleil.
Ce soir, nous sommes trop agités, notre attention est beaucoup plus dans la découverte et non dans le recueillement et la profondeur …
Mieux vaut apprécier, découvrir et enregistrer ce soir et faire notre rituel demain matin.

 

 

 

Nous nous approchons du ghat de crémation, le ghat manikarnika

Le sujet en lui même mériterait des lignes et des lignes d’explication mais pour la faire courte, il faut savoir que mourir à Bénarès est le rêve de tous les Hindous (Il n’y a rien de plus important que la mort pour les Indiens). C’est l’assurance de rompre le cycle des réincarnations et d’accéder tout de suite au « nirvana ».
Certaines personnes en fin de vie s’y installent même pour pousser leur dernier souffle ici (et y être incinéré est un honneur suprême)

Pour vous donner une idée de comment ça se passe, la famille porte le corps du défunt à travers les rues de la ville jusqu’au ghat (nous n’en avons pas vu mais il parait qu’il est très fréquent de voir des processions).
Ils choisissent ensuite le bois qui servira à l’incinération et cela dépend du budget de la famille (le bois de sental étant le plus cher). Ca ne se voit pas sur les photos de nuit, mais vous verrez sur les photos de demain qu’il y a beaucoup beaucoup de tas de bois sur ce ghat.

Et ensuite, c’est la crémation, qui dure 2h environ. Les restes sont ensuite récupérés et jetés dans le Gange. 

Les feux que vous voyez ça et là sur les photos sont donc des corps en train de bruler. 

Il est formellement interdit de prendre des photos de près, aussi je n’en ai pas de plus nettes et plus proches mais nous nous approchons vraiment au bord de la rive pour assister à cela. 

Je suis en pleurs (ça change un peu) mais ce n’est pas de la tristesse. 
Cela peut vous paraitre bizarre ou glauque mais ça ne l’est pas, c’est juste de l’émotion pure.

J’ai lu quelque part que « A Bénarès, les morts brulent pour reprendre vie ».
Et cette phrase rend les choses assez fascinantes, presque magiques. 

 

 

 

Il est temps de rentrer et de faire le chemin du retour … avant d’être dévorés complètement par les moustiques particulièrement hargneux qui rôdent sur le fleuve. (Ah oui en effet, le prêtre s’est fait plaisir sur mon front !)

 

 

 

On regagne la terre ferme, où l’agitation sur le ghat principal est toujours la même …
Cette fois, on rentre l’hôtel d’une manière beaucoup plus apaisée, sereine, nous avons vu ce que nous voulions voir absolument. Il aurait été dommage de passer à côté de cette incroyable leçon d’humilité. 

C’est la fin de cette magnifique journée, une des plus belles, même si elles ont toutes été extraordinaires … En tout cas, c’est notre dernière nuit en Inde, elle sera courte car demain, le réveil est prévu à 4h (!!!) …
Pour l’heure, je vais me coucher, en essayant de récupérer un peu de toutes ces émotions. 

Et puis, c’est pas le tout mais demain, Chéri me passe la bague au doigt ! 

 

 

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