Vieillir

L’autre jour, une amie que je n’avais pas vue depuis longtemps m’a dit que j’avais vieilli. 

Dit comme ça, ça peut paraître un peu abrupt et maladroit et pourtant, je ne me suis pas vexée du tout. 

D’une part parce que c’est une amie de longue date, du genre de celles avec qui on peut se dire les choses en toute sincérité et sans pincettes (« T’as vraiment une tête de Q aujourd’hui », « Cette robe te boudine », « t’as vraiment agit comme une conne » etc etc …) et d’autre part, parce que je savais que c’était vrai. 

Depuis quelques mois, je trouve mon visage bien plus marqué et je les vois très bien les rides qui sont apparues autour de mes yeux et sur mon front, qui sont de plus en plus visibles quand je souris, parfois même quand je ne souris pas.  

Depuis peu, il y a celles au niveau des joues, ces longs sillons qui ne disparaissent plus complètement quand j’ai fini de sourire. 

Je les vois aussi les cernes, forcément plus creusés et marqués le matin, quand les yeux sont gonflés et accompagnés de poches, encore plus quand la nuit a été courte, et que les meilleurs anti-cernes du marché n’arrivent pas à effacer. 

Je le vois, je le sais, et que cette amie m’en fasse la remarque ne m’a donc ni étonnée ni vexée.
Je crois même que je lui ai répondu, fataliste : « Bah, on a 35 ans, c’est un peu normal… et ça va pas aller en s’arrangeant »

Certains vieillissent plus vite que d’autres, certains sont plus marqués, il y a ceux qui prennent des rides, d’autres des cernes, pour certains ce sont les cheveux blancs, pour d’autres encore c’est le poids qui monte en flècheChaque corps réagit différemment.  

C’est comme ça, c’est la vie, il y a le moment où on grandit puis celui où on vieillit, et très vite celui où ça commence à se voir. On a plus 20 ans et c’est un peu normal que ce soit écrit sur notre corps. 

Il y a quelques temps encore peut être que j’aurai pris la mouche face à cette remarque mais je pense que j’ai un rapport plus doux et plus bienveillant aujourd’hui envers moi.

Je n’aime pas forcément ce que je vois quand je me regarde dans le miroir, surtout le matin soyons honnête, il m’arrive même d’être désespérée devant ces cernes qui ne partent jamais … Mais je crois que je suis arrivée à un stade où je m’en fiche, où j’ai compris que ça n’était pas forcément mieux chez les autres et surtout j’ai cessé de vouloir être une autre. 

Je viens de souffler 35 bougies et autant d’années de lutte envers moi-même. 

J’ai comme l’impression que je suis sur la bonne voie, celle de la maturité peut être, de l’acceptation sans aucun doute. 

Je n’ai peut être plus la tonicité et l’énergie  de mes 20 ans mais en fait, je me félicite de ne plus être celle que j’étais à 20 ans (c’était une petite conne écervelée, vous l’auriez détesté), je préfère celle que je suis aujourd’hui. 

Même si je vieillis et que ça se voit.  

Au contraire, j’en viens presque à aimer ces marques (j’ai dit presque – là j’en suis à l’acceptation, peut être que viendra l’amour dans un deuxième temps). Elles font partie de moi, elles sont mon histoire. 

Je me connais, je sais ce qui est bon pour moi, je connais mon corps et son rythme, je le respecte, je respecte ce cœur qui bat sans discontinuer depuis 35 ans, ce cerveau qui perçoit tout et qui travaille en permanence, ce corps qui a quelques exceptions près ne me lâche pas. 

Je me fiche qu’on dise de moi que je suis vieille, que je suis moins fun parce que je ne fais plus la fête jusqu’à 4h du matin et que je stoppe au bout de 3 verres d’alcool, que c’est pas rigolo si je me couche tôt ou que je refuse une sortie.
Aujourd’hui encore, je viens de dire non à un apéro cette semaine car je veux être en pleine forme ce week-end, au meilleur de mes capacités physiques, et je sais que si je me couche tard un soir dans la semaine en ayant fait la fête, je vais avoir du mal à m’en remettre. 

C’est pas drôle, je sais, peut être que ces personnes m’en voudront, ou peut être pas, mais aujourd’hui je sais dire non, je sais être celle que je suis. 

J’ai 35 ans et je ne me suis jamais sentie aussi forte. 

Quand il m’arrive de discuter avec des amis sur notre âge, je me rends compte à quel point les gens sont nombreux à mal vivre le fait de vieillir.
Oui c’est vrai, le temps passe vite et ça fout un peu les jetons, mais je crois que chaque âge a ses avantages, pourquoi avoir toujours la nostalgie du passé ?

Je ne comprends pas cette obsession de vouloir rester jeune à tout prix.
On est pas moins beau ou moins belle à 40 ans, ce ne sont pas quelques cheveux blancs, quelques rides ou des plis au ventre qui nous changent fondamentalement, on est pas plus ou moins performant, on est différents et on a des qualités qu’on avait pas avant.

J’ai perdu beaucoup de temps par le passé, à croire que je n’étais pas capable, pas assez belle, trop grosse, trop grande, trop jeune, trop vieille, pas assez digne d’être aimée.
Je n’ai plus envie d’écouter cette petite voix rabaissante et j’ai bien envie que cette 35ème année soit celle qui lui fasse fermer son clapet pour de bon.

Car le temps passe vite oui, raison de plus pour l’aimer ce temps qui reste, et surtout ne pas le gâcher. 

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