Ma vie sans viande – 1 an après

Je me suis rendue compte dernièrement que je n’ai plus mangé de viande depuis plus d’un an.

A vrai dire, je n’étais pas une grande mangeuse de viande rouge depuis longtemps : la dernière fois que j’ai acheté une entrecôte ou un steak haché pour ma consommation personnelle remonte à si loin que je n’en ai pas le moindre souvenir.

Mais je mangeais de la charcuterie assez souvent (aaaaah le lonzo corse), du poulet parfois, mais surtout du poisson, régulièrement.

La question du végétarisme m’a souvent trottée dans la tête mais je pensais que c’était un régime alimentaire trop extrême et trop compliqué à mettre en place. Que cela allait demander beaucoup trop d’ajustements et de sacrifices.

Car oui, j’ose le dire : j’aime la viande, j’aime le jambon, le saucisson et tout le reste, j’aime le poulet rôti et le poisson.

J’avais bien trop peur d’être frustrée pour oser « sauter le pas ».

Malgré tout, je me suis beaucoup intéressée à ce sujet, j’ai lu beaucoup de choses, j’admirais les gens qui avaient le « courage » de le faire, mais moi-même je considérais ça comme un Saint Graal inaccessible.

Je mets volontairement le terme courage entre guillemets, non pas pour dénigrer la chose, mais c’est ce que je pensais à l’époque. Aujourd’hui, je ne considère plus ça comme courageux, juste comme une décision à prendre.

Pourtant, aujourd’hui encore, je ne me considère pas vraiment comme une végétarienne.

Si je n’ai pas mangé de viande, charcuterie ou poulet depuis plus d’un an, il m’est arrivé de manger du poisson au restaurant (j’y reviendrai plus bas), une tranche de saumon fumé à Noël, et quelques crevettes.

En dehors de ça, aucun animal … mais de fait, on ne peut pas dire que je sois réellement végétarienne, au sens strict du terme.
Je préfère dire que je ne mange pas de viande.

 

Comment c’est venu ?

Il y a plus d’un an maintenant, j’ai lu « Antispéciste » d’Aymeric Caron et je crois que c’est ce livre qui a été l’élément déclencheur (c’est un sujet qui me tenais déjà à cœur donc le terrain était bien préparé)

Avant ma lecture, je ne mangeais déjà pas beaucoup de viande rouge comme je l’ai dit, mais les autres animaux ne me posaient pas de problème.
C’est en lisant ce livre que j’ai compris que c’était ridicule.

En gros, par mon éducation et mon environnement culturel, sans en être consciente, je pensais qu’une espèce était plus importante qu’une autre.
Qu’en manger certaines étaient acceptables (bœuf, porc, poulet ou poisson), mais d’autres non, hors de question (chien, chat ou encore cheval par exemple)(qui mangerait du cheval aujourd’hui sérieusement ?)

Donc quelque part je faisais de la discrimination envers les espèces et je me comportais comme si l’une était supérieure à l’autre (si on élargit sa manière de voir les choses, c’est la même chose pour le racisme ou le sexisme)

Or, j’ai compris par cette lecture qu’un poulet ou un poisson a la même valeur spirituelle qu’une vache, un cochon, qu’un chien ou même un humain : c’est une vie.

Je n’irai pas plus loin dans les explications sur le spécisme et l’antispécisme, je vous invite à le lire si le sujet vous intéresse mais j’ai arrêté de manger des animaux quand j’ai refermé ce livre.

C’était il y a un an et je vais essayer de vous faire un tour d’horizon de ce qu’il s’est passé pendant un an.

 

Dans mon corps

J’aimerai vous dire que la transformation a été spectaculaire, que ma vie s’est transformée, que je suis en meilleure santé et que mes cuticules sont magnifiques mais non : la transition s’est donc faite sans changement physique notable.

Pas de perte de poids (ce n’était évidemment pas le but et je pense que ça ne doit jamais l’être pour ce type de démarche), pas de problème de digestion, pas plus ou moins fatiguée qu’avant.
Les analyses de sang qu’il m’arrive de faire régulièrement (pour un autre problème qui n’a rien à voir avec le végétarisme) ne montrent aucune carence inquiétante.
Seule une légère carence en fer, comme une grande majorité de femmes parait-il, et qui n’est pas plus ou moins importante qu’avant et que je compense en faisant de temps en temps des cures de spiruline.

Rien de spécial niveau santé donc.

 

A table

A la maison au quotidien

Quand je mange à la maison ou que c’est moi qui cuisine les repas, pas de souci puisque je gère comme bon me semble.

Mon amoureux m’a emboité le pas assez rapidement en ce qui concerne la viande, la charcuterie et le poulet, il consomme par contre de temps en temps du poisson.

Je continue d’acheter et de cuisiner de la viande pour les Ados, qui n’ont pas la même alimentation que nous (c’est le moins que l’on puisse dire) et qui n’ont, à mon sens, pas à subir nos choix. Je pars du principe que chacun est libre du contenu de son assiette et personne ne doit imposer quoi que ce soit. C’est mon choix, pas le leur, aussi je le fais sans aucun problème.

 

Au travail

A la cantine, ça ne pose pas de souci non plus étant donné que le choix est large : j’opte très souvent pour une assiette de légumes, féculents et légumineuses quand c’est possible. Ou bien une grande salade.

Il m’est arrivé parfois de renoncer à un plat qui me faisait envie parce que j’avais aperçu après coup de la viande cachée (des lardons dans les lentilles par exemple, ou du thon dans une salade de pâtes). Mais rien de bien frustrant.

 

A la maison avec des amis

Si on reçoit des amis, deux solutions : soit je fais un plat classique dans lequel il m’est facile d’enlever ou de servir à part la viande ou le poisson pour que chacun fasse comme bon lui semble. Soit j’opte pour une version végétarienne, avec un plat sans viande ni poisson (des lasagnes chèvre/épinards par exemple) : les invités n’y voient que du feu et tout le monde est content.

 

Chez des amis

Dans le cas d’un repas en petit comité avec des amis « proches », ou en tout cas qui nous connaissent déjà, ils sont généralement au courant que nous ne mangeons pas de viande. Je leur dis toujours de faire exactement ce qu’ils ont envie de faire, comme à leur habitude, mais de ne pas prévoir de viande pour nous. Ça les perturbe un peu, je le sais, et ils ont souvent peur que je sorte de table en ayant faim. (Personnellement, après un apéro (souvent conséquent), je n’ai déjà plus faim depuis belle lurette) (Et franchement, est-ce que j’ai l’air d’être sous-alimentée ? 😉 )

Quand il s’agit d’un repas à la bonne franquette avec la bande de copains, chacun apporte des choses, et il y a toujours quelque chose à manger.

 

Au restaurant

Au restaurant, c’est un tout petit peu plus compliqué mais largement jouable. De plus en plus de restaurants proposent au moins un plat végétarien, même s’il n’est pas stipulé comme tel. Au pire, on peut gentiment demander à ce que le jambon ou les lardons soient retirés d’une pizza par exemple; demander un aïoli sans poisson ou faire en sorte que le plat soit réaménagé et cela ne pose généralement aucun problème (si ça l’est, c’est que le restaurateur n’est vraiment pas sympa, à mon sens)

Un jour néanmoins, je vous l’avais déjà raconté dans une des rétrospectives, j’ai été invitée par un ami à manger dans un restaurant étoilé au Guide Michelin. Ce restaurant écrit noir sur blanc sur son site Internet qu’il propose des alternatives végétarienne ou même vegan. Génial. J’ai tout de même téléphoné avant pour prévenir. « Aucun problème » m’a t-on répondu, « Le chef a l’habitude »

Nous voilà donc au restaurant, je reprécise en arrivant que je suis végétarienne de la bande, on me redit « Aucun problème, Madame, nous avons bien noté cette particularité blablablablablabla » (resto étoilé donc très pompeux et tralalas de serveurs)

Et là, j’apprends que le chef m’a concocté un défilé de plats spécialement pour moià base de poisson parce que je suis végétarienne.

Je commence à me sentir mal, je dis au serveur que « le poisson, c’est pas végétarien »; ils me répondent que si je veux, ils enlèvent le poisson mais je ne vais manger que des légumes « ça risque d’être un peu lassant ».

LOL.

Et sous-entendu, « vu le prix du menu, ça fait quand même cher le légume »

Nous étions 2 couples, invités par un ami, et je n’avais pas envie de passer pour une chieuse et de les mettre mal à l’aise du coup, j’ai mangé mon poisson.

C’était bon. Mais j’ai culpabilisé et j’ai eu mal au bide toute la journée du lendemain (coucou la somatisation)

 

Dans ma tête
Quel bilan, un an après ?

Plus le temps passe, plus le fait de ne pas manger de viande m’apparaît comme évident.

Je vois les gens manger de la viande et la seule question que je me pose c’est « Pourquoi ? ».
Quel intérêt ? Le goût ? Les prétendus bienfaits ? Est-ce qu’ils ont conscience en mangeant qu’un animal a perdu la vie pour ce plaisir éphémère ?

(Attention, je ne suis absolument pas une militante qui essaie de convaincre qui que ce soit, je vous l’ai dit plus haut, j’estime que chacun fait ce qu’il veut et je ne juge personne, je vous livre juste les questions qui me passent parfois en tête)

Et puis, parfois je l’avoue, j’ai des envies.

Je me souviens du goût de la charcuterie, du jambon et du saucisson, et je me dis que j’en mangerai bien, là maintenant tout de suite.

Et puis, je pense aux raisons qui font que je ne vais pas le faire.

J’imagine que ce petit morceau de jambon bien rose (entre nous, rien que du jambon bien rose, déjà c’est louche mais passons), a été un animal, vivant, et qu’on l’a tué et débité en tranches pour assouvir mon petit plaisir.

Ai-je vraiment envie de cautionner ça ? Ai-je envie de manger un animal ? Un cadavre ?
(le mot est fort mais c’est pourtant bel et bien ce dont il s’agit)

Je repense à cette phrase, que j’ai lu je ne sais plus où et qui va peut-être vous faire sourire :

« Mon corps n’est pas un cimetière »

Invariablement, je passe mon chemin, je pense à toutes les autres délicieuses possibilités que j’ai pour m’alimenter et l’envie s’envole aussitôt.

 

Et maintenant ?

Aujourd’hui, j’assume totalement mon choix. Je me demande même pourquoi je ne l’ai pas fait plus tôt tellement c’est simple, finalement.

Je ne sais pas si je resterai « végétarienne » toute ma vie, je n’exclue pas la possibilité de remanger de la viande un jour mais simplement, ça ne correspond pas aux valeurs qui sont les miennes aujourd’hui.

 

L’étape suivante la plus logique serait le véganisme mais j’avoue que, comme le végétarisme autrefois, cela me fait un peu peur et j’ai vraiment peur d’être frustrée (notamment sur le fromage, on est d’accord).
Je sais maintenant que cela n’est qu’une question d’habitude alimentaire et j’ai déjà exclu pas mal de choses (lait animal, yaourt, j’essaie de substituer les œufs dans les pâtisseries le plus souvent possible, j’essaie des recettes ou des produits vegan régulièrement) mais je ne suis pas encore prête à aller plus loin.

 

Peut-être que ça viendra un jour, peut-être pas, mais en tout cas aujourd’hui, je suis bien dans mon assiette et c’est finalement le plus important !

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