Au jour le jour #4

thumb_img_7164_1024

Je ne vous cache pas que depuis le début de l’année 2017, depuis le 3 janvier exactement, date à laquelle le cycle noir a commencé, j’ai pris 10 ans dans la tronche.
Ou peut être même 15 à vrai dire.

Quand je me regarde dans le miroir parfois, je ne me reconnais pas.
Je vois une personne marquée, avec des cernes noirs et creusés jusqu’au nombril, les paupières gonflées à force de pleurer. Je vois une personne fatiguée, épuisée même, triste et terne.

Et je ne vous parle pas même de l’état de ma peau qui bourgeonne comme un mimosa, faute de n’avoir ni le temps ni l’envie de cuisiner et d’avoir mangé de la merde industrielle depuis 1 mois.

Preuve que tout ceci n’est pas uniquement le fruit de mon imagination et du peu d’amour propre que je me trimballe, même Chéri l’autre fois m’a dit : « Tu as perdu de ta Lumière ».
Ce a quoi j’ai répondu que je n’avais pas perdu une partie de ma Lumière, j’avais perdu MA Lumière. Entièrement. Et que je me sentais vidée de toute substance.

Alors rassurez vous … Il est inutile d’envoyer l’hôpital psychiatrique pour venir me chercher tout de suite : je me lève le matin, je vais travailler, je souris et je ris même parfois, je parle d’autre chose et je fais semblant de m’intéresser aux gens même si pour l’instant, il m’est difficile de retrouver du goût.

Tout ça est assez factice et j’ai du mal à me décentrer de ma douleur. Ca me passera, évidemment, il simplement faut apprendre à vivre avec – ou plutôt sans – et pour ça il faut du temps.

D’ailleurs et heureusement, pour m’aider dans mon épreuve, il y a le travail, tombé à point nommé comme PAR PUR HASARD, puisqu’il m’empêche de tourner en rond dans une maison vide de lui et de n’avoir rien d’autre à faire que de constater son absence et de m’en désoler.

Je vous ai raconté l’histoire pas banale de ce petit chien mais avant de tourner la page, avant que sa belle tête ne vienne plus agrémenter et égayer mes retrospectives, je tenais à vous faire le récit de ces derniers jours, de cette dernière semaine plus qu’éprouvante.

 

 

thumb_img_2407_1024

Dimanche.
La journée à débuté tranquillement, comme chaque dimanche ou presque, on prend la voiture avec Chéri pour aller faire 2 courses (= aller déposer des chèques, acheter du pain et aller à Picard)(ma vie est un rêve éveillé).
On prend le Bouledogue avec nous, il est assis à mes pieds côté passager.
Tout a l’air d’aller bien et puis ça recommence… je vois que les prémices d’une crise d’épilepsie reviennent, je dis à Chéri de se garer, ce qu’il fait aussitôt, on pense encore qu’il s’agit d’une petite crise,  mais non.

Ce sera une grosse, très grosse, et bien entendu j’ai laissé la seringue et le valium à la maison #fucking-bordel-de-merde.

Fin de l’escapade, on rentre, on mangera des biscottes hein, on le met au calme … et on le surveille toute la journée.

Il y aura 2 autres crises, à 14h et à 15h30… et le soir même on augmente le traitement d’un cran.

 

thumb_img_7850_1024

thumb_image5-1_1024

Dimanche soir.
La journée a été rude et éprouvante et on se retrouve en tête à tête pour la soirée. J’essaie de m’habiller pas trop moche, on essaie de garder le sourire, malgré tout. C’est difficile mais on fait bonne figure.

 

 

thumb_image4-1_1024

Lundi.
J’ai passé une nuit horrible.
Le Bouledogue m’a réveillée à 3h et à partir de là, il a demandé à sortir toutes les demies heures.
Doux Jésus.
J’aurais pas dû reprendre un deuxième verre de vin hier soir. Je dois aller travailler. J’ai envie de mourir. Il pleut. Je râté le bus. L’escalator du métro est en panne. Je glisse dessus parce qu’il est détrempé à cause de la pluie.

Dites, on peut recommencer cette journée à 0 ?
Ou mieux : recommencer toute cette année 2017 à 0 ?!

 

 

thumb_img_8598_1024

Lundi soir.
Chéri a veillé sur le Bouledogue toute la journée, l’augmentation du traitement marche bien, pas de nouvelle crise à déclarer mais il dort quasiment en permanence. On se dit que c’est bien, que son corps récupère, qu’il en a besoin, et que c’est mieux que d’enchainer des crises d’épilepsie.
Je lutte contre l’envie d’aller me coucher dès 20h30 et on regarde ensemble en replay un super documentaire sur le peintre Jérome Bosch, le diable aux ailes d’ange. On s’évade le temps d’une petite heure, on pense à autre chose et ça fait du bien. Comme quoi, l’Art fait des miracles.

 

 

thumb_image1_1024

Mardi.
Le Bouledogue est littéralement shooté par le traitement ce qui fait que mis à part une sortie à 4h (youhou) c’est une bonne nuit.
Y’a pas à dire, le sommeil c’est quand même vachement cool.

 

thumb_img_8516_1024

Mardi soir.
Chéri est tout déprimé.
Mauvaises nouvelles sur mauvaises nouvelles, ça commence à faire too much de mauvaises nouvelles.
Il n’arrive même plus à peindre. Il a encore veillé sur le Bouledogue toute la journée … malgré le traitement augmenté, il refait de grosses crises. Encore …
Il ne tient plus sur ses pattes et glisse à chaque pas.

Après un énième coup de fil à une amie veto qui nous annonce qu’on est arrivés au bout, je prononce la phrase terrible :

« Il faut prendre la décision maintenant Chéri, ça ne peut pas continuer comme ça… on a pas le droit de le laisser dans cet état »
– « C’est tellement dur … je ne suis pas prêt, j’ai toujours l’impression que ça va aller »
– « Est ce que tu seras prêt un jour ? Je ne suis pas plus prête que toi, je ne me ferai jamais à l’idée, mais il faut penser à lui, pas à nous. Il va finir par …  »
Je ne finirai jamais ma phrase car sur mes paroles, Bouli refait une crise. Violente.
Comme pour valider mes propos.

Chéri me souffle « Prends rendez-vous »

J’ai alors rappelé la clinique pour prendre le plus horrible des rendez-vous.
J’ai eu du mal à prononcer ces mots, terribles, des mots que j’espérais ne jamais prononcer et qui sont restés bloqués dans ma gorge : « Bonjour, je voudrais prendre rendez-vous pour une euthanasie »

Voilà.
Mon chien allait mourir demain parce que j’avais pris un rendez vous pour le faire piquer.

À partir de là, on savait que c’était la dernière soirée, la dernière nuit, les dernières heures.

Inutile de vous dire que la nuit a été blanche, complètement blanche, ou noire plutôt, je ne sais pas.

Il était au plus mal, agonisait doucement sur le canapé. Son souffle était rauque, il avait du mal à respirer, j’étais suspendue à chaque respiration… il fallait lui donner à boire à la main car il ne pouvait plus se lever et ne tenait plus sur ses pattes.

Je le prenais sous le bras pour l’emmener dehors faire ses besoins qu’il n’arrivait plus à faire. J’ai passé des heures dans le froid de la nuit glacée à attendre.

 

thumb_img_8582_1024

Le lendemain, toujours affamé avec le traitement, il a mangé toutes les conneries possibles et imaginables. Il a tout englouti goulûment. Du fromage et du jambon à volonté. Mais aussi tout ce qu’il n’avait pas le droit de manger normalement : des cookies et du chocolat.

Dernier repas du condamné.

Et puis il a fallu attendre l’heure de partir … il dormait paisiblement et j’essayais de m’imprégner de son odeur, l’enregistrer à tout jamais dans mes sens.

Chéri s’est absenté une minute, j’étais seule avec lui, il était si paisible, j’étais à deux doigts de dire STOP, on arrête tout, c’est n’importe quoi ce rendez-vous, je garde mon chien avec moi, jusqu’au bout, jamais je ne ferai ça, jamais je n’aurai la force …

Et là, comme s’il lisait dans ma tête, comme s’il avait compris qu’il me fallait du courage, il a refait une crise d’épilepsie. La dernière, celle qu’il me fallait pour comprendre que je n’avais pas d’autre choix. Elle était horrible et pire que les autres, j’étais sûre qu’il allait y rester. Je lui ai dit à l’oreille que j’avais compris et que je lui promettais que c’était la dernière, qu’il n’aurait plus à vivre ça.

Je l’ai enveloppé dans un plaid rouge tout doux, il était beau, il dormait dans mes bras, je lui ai laissé le droit de me lécher tout le visage et c’était plus que degeulasse vu le nombre de microbes qu’il a du me déposer au centimètre carré. Mais vous savez quoi ? Je m’en foutais. Complètement.

On est arrivés à la clinique. Je vous ai déjà raconté ici comment ça c’était passé. Et c’était moche.

Je suis sortie en disant merci (!!) et une fois dehors, étouffée par un sanglot, j’ai dit :

« On a plus de chien »

et je me suis effondrée dans les bras de Chéri qui m’a serrée si fort que j’ai bien cru qu’il allait me briser les os.

 

thumb_image2-1_1024

À la maison, on a tout rangé, nettoyé les stigmates de la maladie, mis ses affaires, ses jouets, sa nourriture, ses friandises, ses médicaments, son panier dans 3 grands sacs que l’on va aller porter à la SPA.

Pour que des chiens qui n’ont pas eu la chance d’être adoptés puissent en bénéficier.

 

thumb_img_8590_1024

J’ai simplement gardé son collier et sa médaille que j’embrasse le soir avant d’aller dormir (moquez vous, moquez vous … le ridicule ne tue pas)

 

 

 

 

thumb_image3-1_1024

Jeudi
Et puis, il a fallu commencer à apprendre à vivre sans lui et avec la douleur.
A retenir le réflexe de le chercher des yeux sur le canapé, de ne pas l’entendre respirer, de ne pas sentir sa chaleur, de ne pas voir sa jolie tête en rentrant du travail.
La maison est vide et l’absence est plus difficile le soir, aux heures où je m’occupais habituellement de lui, à l’heure de la promenade ou du repas, qui était toujours ô combien difficile.

Avant, je courais en sortant du travail pour être avec lui.
Aujourd’hui, il n’y a plus de raison de courir.

Du coup, je m’abrutis dans le travail, ce travail bizarrement tombé du ciel juste au moment de sa maladie. Si quelqu’un croit encore au hasard avec ça …

 

thumb_image1_1024-2

 

thumb_capture-decran-2017-01-28-a-16-32-44_1024

thumb_capture-decran-2017-01-28-a-16-33-16_1024

 

Vendredi.
Je suis scotchée par la vague d’amour, immense et puissante que mon dernier article a déclenché. Plus largement, que sa mort a déclenchée. Les élèves de Chéri, les amis, les inconnus qui suivent Bouli sur son compte Facebook (oui, il avait un compte Facebook), vous tous, nombreux, qui avaient réagi en commentaire ici ou sur les réseaux sociaux, en public ou en privé … J’ai pleuré à l’arrivée de chaque message mais cela m’a fait du bien, un bien fou de penser qu’il est si joliment accompagné par toutes vos bonnes ondes ! Alors, même si je vous l’ai dit des dizaines et des dizaines de fois … MERCI, du fond du coeur.  

 

thumb_img_8593_1024

Samedi.
La vie reprend son cours et le quotidien aussi, les corvées laissées de côté depuis des semaines s’imposent, le frigo est vide, la maison sale, notre machine à laver est en panne depuis un moment et il est urgent de s’en occuper.
Il faut reprendre le dessus.
Continuer.
Sourire.
Vivre. 

 

thumb_img_8586_1024

Cette semaine, j’ai repris la lecture. Pas encore d’un roman, je n’ai pas encore assez de neurones disponibles pour m’évader à ce point, mais d’une bande dessinée, Culottées de Pénélope Bagieu.
Il s’agit de portraits de femmes au destin hors du commun, des battantes, des femmes fortes et admirables, chaque portrait ne fait que quelques pages si bien que parfois, on reste un peu sur sa faim et on aimerait en savoir encore plus mais j’ai beaucoup aimé et je me dis que j’aimerais être une de ces femmes. J’aimerais être forte.

 

thumb_img_8594_1024-2

J’ai reçu une commande passée sur Etam la semaine dernière aussi, un pull et un long gilet. Le long gilet est un peu moche, mais il est d’une douceur incroyable, et de toute façon, je n’ai pas la force de le renvoyer. Je le mettrai à la maison et ça ira parfaitement pour les soirées loques sur le canapé.

 

thumb_img_8585_1024

thumb_img_8433_1024

Enfin, j’essaie de reprendre une hygiène de vie. 
Ca passe par le sommeil, même s’il est pour l’instant encore assez agité (je rêve de crises d’épilepsies et je cherche du valium toutes les nuits 0_O ) mais aussi par l’alimentation.
Je vous le disais en préambule, après un mois à ne manger que des pâtes, pizzas ou produits industriels, avec un max de conneries sucrées et bien grasses, mon corps me réclame un peu plus de naturel. 

Alors je vais l’écouter et prendre soin de moi. 
C’est le seul mot d’ordre pour les jours et semaines à venir. 

 

Prenez soin de vous, vous aussi, et à dimanche prochain ! 

Publicités