Rendre l’âme

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Je n’avais jamais réalisé à quel point cette expression était belle.
Rendre l’âme.
Rendre son âme.
Ce qui, si on pousse un peu plus loin le raisonnement, voudrait dire qu’on nous a prêté une âme pour un temps donné et qu’on doive la rendre à un moment ou un autre.

Un peu comme si quelqu’un avait dit : « Ok, voyons comment tu te débrouilles avec ça ».

On vit notre vie, avec l’âme qu’on nous a prêté – ou bien qu’on a volontairement choisi, allez savoir – et puis c’est comme ça, c’est le jeu, tôt ou tard, il faut la rendre.

Le Bouledogue avait choisi une âme pure et un drôle de destin.

 

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Il est né le 6 août 2010 à Marseille dans la poussière d’un camp de gitan.

Le même jour, je fêtais mes 28 ans en Bourgogne et présenté comme ça, il est évident que nos chemins avaient peu de chances de se croiser un jour.

Sur le camp, Bouli s’est pris d’affection pour une jeune femme qui venait de temps en temps car elle entretenait là bas une relation avec un homme.

Il a littéralement jeté son dévolu sur elle et quand elle était là, il grattait à la porte de la caravane jusqu’à épuisement pour qu’elle lui ouvre. Il déployait alors tous ses atouts de séduction pour la faire craquer.
Évidemment, ça a marché et un jour, elle est partie avec lui sous le bras.

Si l’amour qu’elle portait à son bébé chien était indéniable, elle menait par ailleurs une vie chaotique et absolument pas sereine. Elle fréquentait de trop près les milieux glauques et dangereux et baignait en plein dans le traffic de drogue.

Et tout ceci a mal fini.
Un jour, pour une sombre histoire de drogue disparue et de dettes d’argent, elle a été assassinée.
Étranglée dans sa baignoire.

L’affaire a fait les gros titres de la presse locale et il n’y a pas longtemps, le procès a eu lieu.
Faute de preuves formelles, les 2 assassins pourtant fortement suspectés ont été relaxés.

Dans les journaux, on a parlé de Bouli – on le présentait alors comme un chien d’attaque ce qui malgré l’affaire plus que sordide, nous a allègrement fait sourire vu qu’il n’a jamais montré la moindre once d’agressivité.

 

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Car le petit chien était présent, ce jour là …
Personne ne peut dire s’il a assisté à la scène mais ce qui est sur, c’est qu’il est resté toute une semaine entière, 7 jours enfermé dans l’appartement avec le cadavre, jusqu’à ce qu’on le découvre.

Illico, la fourrière à emporté le chien et l’a envoyé à la SPA.

Quand elle a appris la terrible nouvelle, la meilleure amie de cette femme a cherché ce qu’il était advenu du chien et elle est allée le chercher le plus rapidement possible.

Elle aussi sous le charme de cet être plein d’amour, et peut être aussi parce qu’il était une part de son amie disparue, elle l’a gardé plusieurs mois.
Mais elle n’avait malheureusement pas la possibilité de lui offrir une vie décente : habitant un petit appartement en centre ville, elle travaillait 6 jours sur 7 jusqu’à tard le soir et Bouli était la plupart du temps livré à lui même.

Elle pensait bien qu’il aurait fallu lui trouver une famille plus à même de lui offrir une vie de chien, avec un jardin peut être, une présence plus fréquente, des promenades dans la nature et des câlins sur le canapé. Mais la barre était trop haute et elle pensait ne jamais trouver ce qu’elle voulait pour lui.

 

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Il se trouve que la belle-mère de cette fille est une élève de Chéri. Un jour pendant un cours, et alors que notre chat de l’époque venait de mourir, Cheri s’est confié auprès de ses élèves comme quoi il cherchait à adopter un autre chat pour le remplacer.

La belle-mère a dit : « Tu veux pas un chien plutôt qu’un chat? »

Chéri a ri. Un chien ? N’importe quoi ! Et puis c’était quoi comme chien d’abord ? Un bouledogue français ? Mais c’est laid !

Il est revenu à la maison, nous en a touché 2 mots, les ados étaient pour, j’étais contre, mais on a finalement décidé qu’on irait le voir, juste comme ça.

La suite, je vous l’avais racontée ici, lorsque nous l’avons receuilli.

Ça a été le coup de foudre, littéralement. Je ne pensais pas qu’on puisse autant s’attacher à un animal, à un chien, mais la vie m’a montrée que je me trompais.

 

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Parfois, son comportement laisser penser que le traumatisme qu’il avait dû subir n’était pas oublié… il était très compliqué pour manger (il ne fallait surtout pas déroger au rituel qu’on avait mis en place au fil du temps sans quoi il ne mangeait pas), il ne supportait pas qu’une porte claque, il se précipitait sur nous si on claquait des mains, il avait un besoin d’affection colossal…

Très vite, il a pris une place folle dans nos vies à tel point qu’un jour, une amie nous a dit que dans notre couple, nous n’étions pas 2, nous étions 3.
Nous 2 et Bouli.
Elle avait vu juste, c’est exactement ce que nous étions.

 

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Notre complicité était telle qu’aucun mot ne peut la décrire à sa juste valeur. Je savais en un regard si quelque chose ne tournait pas rond, s’il avait froid/faim/peur, s’il était malade ou pressé de sortir.

Bouli était partout avec nous, la moindre course, le moindre petit trajet en voiture, le moindre déplacement ou sortie à l’extérieur ne se faisait pas sans lui. Nous n’allions pas au restaurant s’ils n’acceptaient pas les chiens, nous étions toujours avec lui chez les amis qui nous invitaient.

 

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Il était même assistant de Chéri à l’Université, ce qui n’a pas manqué de surprendre les élèves au début. Mais très vite, ils se sont habitués à cette présence insolite, à ce petit chien très spécial, le couvrant d’attentions et de cadeaux.

Il était toujours avec l’un ou avec l’autre, ou mieux, avec nous 2.

Bouli n’était pas qu’un chien, il était l’amour personnifié, un être qui aimait tout le monde, il faisait la fête à quiconque posait les yeux sur lui, il réussissait même l’exploit de se faire aimer des gens qui n’aimaient pas les chiens.

Je me souviens d’un jour où nous recevions des amis à la maison et parmi l’assemblée, il y avait une femme qui avait peur des chiens depuis toujours, elle ne les approchait pour rien au monde.
Rapidement pourtant, on l’a vu se pencher pour caresser Bouli, allant même jusqu’à s’accroupir à son niveau pour lui laisser lui lécher l’oreille.
Son mari n’en croyait pas ses yeux, jamais il n’avait vu sa femme se prendre d’affection pour un chien, et il immortalisait l’instant en photo, incrédule.

 

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Cette anecdote résume ce qu’était Bouli. Il était l’Amour.

 

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Hier, l’Amour s’est endormi pour toujours, la tête posée dans la paume de la main de chéri et ma tête enfouie dans son cou.

J’aurais aimé vous dire que ce fut un moment doux et serein mais malheureusement, ça n’était pas le cas.

Alors qu’il était amorphe depuis plusieurs jours, il s’est débattu comme un lion, on a du le tenir à 3, la veto n’y arrivait pas et à du s’y prendre à 2 fois, il y a eu du sang, il a couiné et ce son me hante.

Quand il s’est endormi, j’ai eu le souffle coupé moi aussi et une partie de moi est peut être un peu partie avec lui.

 

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Notre trio est amputé, le vide est terrible et l’absence est glaçante.
Elle est indescriptible et au delà des mots.
Il va falloir du temps, beaucoup de temps avant que la plaie ne se referme.

 

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Il y a quelques mois, on disait encore avec Chéri combien ce serait bien qu’il atteigne les 12 ou 13 ans. Que c’était rare pour un Bouledogue mais pourquoi pas, il pourrait faire exception à la règle !
Finalement, il ne fêtera jamais ses 7 ans et tout est allé si vite que j’ai encore du mal à réaliser qu’il ne sera plus jamais blotti contre moi le matin.

 

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Je suis heureuse d’avoir offert à ce petit chien né dans la poussière une vie plus belle.

Des les premiers jours, je me souviens lui avoir fait une promesse : « Plus jamais tu ne changeras de maitre à présent, tu seras avec nous pour toujours, jusqu’au bout »

Je crois qu’on a tenu cette promesse en lui offrant cet ultime cadeau, cet acte d’amour extrême, celui de le délivrer de cette vie devenue trop lourde.

Je le laisse à présent dans les mains de sa première maitresse qui attendait sans doute de le revoir avec impatience, savoir qu’il est attendu et accueilli rend les choses plus douces.

Le soir de sa mort, alors qu’il avait plu toute la journée sans discontinuer, une pluie froide et glaçante, il y a eu un arc en ciel.
J’ai pris ça comme un clin d’oeil de sa part.

Après la pluie, il y a le beau temps.
Toujours. 

 

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Au revoir petit Bouli, bouboule, boubouni, notre soleil, notre astre, notre amour de chien, tu vas nous manquer à l’infini.

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