Vivez, c’est urgent

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Je pense à cette fille.

Une blogueuse.

Bien que je trouve idiot et ridicule d’utiliser ce qualificatif pour la définir, c’est le premier qui me vient à l’esprit parce que je ne la connaissais que par ce biais.

Mais évidemment, elle était bien d’autres choses.
Elle était avant tout une fille comme moi, comme toi, comme nous toutes, qui un jour avait ouvert un site pour parler de ses bons plans sur Marseille, de ses restos préférés, de ses cosmétiques chouchous, de ses nouvelles fringues, de ses voyages ou expériences.

Au début, je suivais son blog parce qu’elle parlait de ma ville, puis je me suis attachée à son personnage, toujours coquette, fraiche, pimpante, gourmande de la vie, toujours au régime et en lutte avec ses kilos, de l’énergie à revendre, un sourire et une bonne humeur communicative.

C’est une fille qui avait un travail, un mec, une famille, des amis, un appartement et un chat, des projets de voyages et de mariage, qui aimait faire les magasins, acheter des trucs inutiles et des fringues un peu bizarres, découvrir de nouvelles adresses où manger de bonnes choses, voir ses copines, rire, danser, faire la fête.

L’année dernière à la même époque, elle postait sur les réseaux sociaux des photos de Noël, qu’elle avait fêté en famille, un Noël à rallonge qui n’en finissait plus et qui avait trainé et trainé des jours durant.

Début janvier, c’était l’heure de souhaiter une « Bonne Année et Bonne Santé à tout le monde », ce qu’elle a fait avec la joie habituelle qui était la sienne, ça pétillait de vie, comme toujours.

Quelques photos encore début janvier et puis, elle a disparu.
Pour elle qui publiait plusieurs photos par jour, c’était assez surprenant.

Quand elle a refait surface en février, c’était chargée de mauvaises nouvelles : elle a annoncé qu’on venait de lui diagnostiquer un cancer.

Ca ne pardonne pas, ce genre de nouvelles. Ca vous tombe dessus comme ça et du jour au lendemain, la vie n’est plus la même. 

Mais elle se battait chaque jour, et elle allait continuer à se battre, oh oui, parce qu’elle avait prévu de se marier et qu’à 29 ans, ce n’est pas un âge pour laisser la maladie gagner. Elle avait encore trop de choses à faire.

Toute l’année, elle est apparue sur les réseaux avec intermittence, parfois pour dire qu’elle allait mieux et qu’elle remontait la pente doucement (on était alors tous plein d’espoir que tout se termine bientôt); parfois c’était pour dire qu’elle retournait en chimio.

Elle fondait à vue d’oeil, elle qui se battait toujours contre ses kilos et qui était perpétuellement au régime devait maintenant se battre pour reprendre quelques misérables grammes. Ses joues se sont creusées, incroyablement, ses cheveux sont tombés, elle les a pleuré un petit moment avant de rebondir et de décider que finalement, la perruque, ça lui allait bien.
Et c’était vrai.
Elle était belle jusque dans la maladie.

Quasiment une année est passée.

Début décembre, elle a fêté ses 30 ans en famille, dernières photos suspendues dans l’infinité des réseaux sociaux, et elle s’est envolée quelques jours après.

La maladie avait jeté son dévolu sur elle, pourtant si pleine de vie.  Et si parfois elle lui a fait croire que ça allait mieux, qu’elle allait s’en sortir et que la vie allait reprendre son cours normal, c’était pour mieux l’attaquer à nouveau, plus férocement, plus violemment.
Jusqu’au bout.

L’année dernière, c’était son dernier Noël mais elle ne le savait pas.
Elle ne savait pas que c’était son dernier réveillon, ses dernières fêtes en famille, que Noël prochain, ce serait sans elle, que tous se réunirait autour d’une table à l’ambiance lourde et triste et qu’elle manquerait à l’appel.

L’année dernière, rien ne laissait présager un tel scénario et quand on est jeune, on croit toujours que l’on a le temps.

On sait bien qu’on va mourir, on le sait tous, mais on n’imagine pas réellement que ça peut être demain, dans un mois, ou dans un an.
Tout peut s’arrêter pourtant si vite, si brutalement.

Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça, peut être pour évacuer la peine qui est la mienne, je suis étrangement très affectée par cette nouvelle alors que je ne la connaissais pas, ou du moins que virtuellement et que je n’ai jamais échangé plus de 3 mots avec elle.

Ou peut être parce que sa mission sur terre lors de son trop bref passage, c’était de nous prouver que tout est éphémère, fragile et qu’il faut savourer chaque instant.

De nous prouver qu’on s’en fout de nos petits problèmes de merde, de nos états d’âmes débiles, de nos embrouilles avec la voisine, de nos complexes, de nos rides, de nos teints ternes ou de nos kilos en trop.

On s’en fout parce qu’on vit, et vivre, c’est déjà miraculeux.

Alors … Profitez de votre Noël, mettez de côté les soucis pour un temps et passez de beaux moments avec vos proches, enregistrez toutes ces belles images dans votre cerveau pour les garder comme des trésors, riez, chantez, sautez, mettez des bonnets de Noel ridicules, mangez, buvez, faites l’amour (mais pas avec n’importe qui, quand même), donnez, souriez, dites aux gens que vous aimez que vous les aimez et embrassez-les, prenez du temps, respirez …

En un mot : Vivez.
C’est urgent.

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