Avant, j’écrivais…

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Je n’ai plus écrit depuis des lustres.

Je n’ose même pas regarder depuis quand le fichier dans lequel j’ai passé tant d’heures et posé tant de mots a été modifié pour la dernière fois.

Je ne parle même pas de l’ouvrir; la dernière fois que je l’ai fait et relu les pages avec des yeux neufs, tout ceci m’a paru si consternant que j’en ai eu mal au ventre.
Alors je l’ai refermé très vite et depuis, je n’ai pas aligné plus de 3 mots sur mon clavier.
C’était cet été, je crois.
Ou peut être même avant.

Engluée dans le tourbillon d’un quotidien qui ne laisse aucune place à la créativité et à la réflexion nécessaire, je me sens vide.
Creuse et sans substance.
Conne aussi, un peu.
Et sans âme.

Je ne lis pas plus que je n’écris.
Comme si maintenant, les mots, ce n’était plus pour moi.

Je regarde des débilités à la télé et je lis des magazines qui anesthésient encore un peu plus mon cerveau et entretiennent mon QI d’huitre.
Rien pour m’élever un peu. Rien qui ne donne lieu à réfléchir.

Je vois les jours défiler à une vitesse folle et rien qui ne germe. Des mille projets que j’avais pour la rentrée, je n’en ai mené aucun jusqu’au bout.

On sera bientôt à la fin de l’année et je sais d’avance que l’heure du bilan sera plutôt douloureuse.
Le néant.

D’ailleurs, je vois bien que personne n’y croit, personne ne demande jamais où ça en est, ce que je fais ou ne fais pas. Personne n’y croit non, même pas moi.

Je ne sais plus si je dois renoncer et faire comme si tout cela n’avait été qu’une grande farce, un délire mégalo dans le genre « Ouais, je vais écrire un livre » (–> Mais bien sur), enterrer le projet définitivement, me le sortir de la tête une bonne fois pour toute, passer à autre chose.
Peut être que tout ça doit finalement rester un fantasme.

Ou bien alors, peut-être que je dois laisser du temps.
Mais y’en a marre de laisser du temps non?
A un moment, il faut passer l’action et se lever les doigts du cul, il me semble.

Je crois qu’il faut s’avouer les choses, s’avouer vaincue. Je n’ai pas su mener à bout ce chantier.
Je ne suis pas écrivain.
Mais alors, je suis quoi ?

Je suis une fille qui essaie vainement de sécher les larmes qui coulent sur ses joues en écrivant ces mots et qui culpabilise d’avance d’écrire ce qu’elle s’apprête à écrire :

Ma vie me pèse.
La vraie bien sur, pas celle des Petits Bonheurs, où on passe des soirées au coin du feu et où la vie n’est que paillette.
Celle qui, dans la réalité, n’est que tensions, accrochages et disputes à la maison avec l’Ado. 
Celle qui est si électrique en ce moment que je suis incapable de faire autre chose que de gérer le quotidien, ça, au moins, ça ne demande pas de mobilisation intellectuelle.
J’en suis au point où même aller faire les courses me fait du bien : ça m’empêche de penser, ça m’offre un peu de répit.
(Et puis Consommer … Ah, le Graal du désespéré, l’impression de posséder et d’exister)

En parlant de répit, il y en a parfois, et heureusement, des petites bulles où on se retrouve tous les deux, volontairement coupés du monde, mais ces parenthèses ne sont que trop brèves pour pouvoir reprendre son souffle, le reste du temps n’est que problème.

L’Ado, puisque c’est de lui dont il est question, sombre depuis la rentrée de septembre dans une lente et inexorable chute avec tous les travers qui peuvent accompagner l’adolescence : décrochage scolaire brutal, notes en chute libre, absentéisme, envie de rien faire – maintenant ou plus tard – je m’en foutisme total pour le bac à venir, mains tendues ignorées et discussions impossibles, douceur ou fermeté inefficaces, convocations au lycée, menaces d’exclusion, sorties à gogo, alcool sans limite, copains et copines avant tout… et j’en passe …. L’adolescence dans toute sa splendeur.

Je ne saurais même pas comment résumer réellement la situation, cela prendrait des heures et surtout, ne me concernant pas directement, je trouve un peu malsain de le raconter ici.
Mais le quotidien n’est que reproches, cris, disputes, tensions. 
Finalement, béni soit le temps où il ne faisait QUE la gueule. 

Alors vous me direz, finalement tout cela ne me devrait pas me bouleverser autant, c’est sur : ce n’est pas mon enfant. 
Mais c’est l’enfant de l’homme que j’aime. Et l’homme que j’aime souffre tellement de cette situation et de son impuissance que tout ça me déchire. 

Etre sous tension en permanence n’est pas humain alors pas plus tard qu’il y a une heure, après un énième appel du lycée pour dire que l’ado avait raté un oral important, j’ai craqué, et plutôt que d’être un soutien, j’ai été un monstre et je l’ai accablé.

Je l’ai accusé de m’oublier au passage, de m’avoir fait croire que l’on pourrait vivre une vie qui est aux antipodes de celle qu’on vit aujourd’hui, de m’avoir promis, un jour lointain, de me donner des ailes et qu’au final, je suis plus bas encore que je ne l’ai jamais été. 

Et puis je pleure, je refuse de poursuivre la discussion, il s’en va et je pleure encore plus.

J’ai déjà pensé partir, quelques jours, le temps de souffler, le temps de prendre de la distance. Il m’encourage d’ailleurs à le faire quand c’est possible, pour me préserver, pour éviter de mettre des tensions supplémentaires, me disant que je n’ai pas à supporter ça.

Mais je suis vite rattrapée par l’égoïsme de cette idée : si on ne traverse pas les épreuves ensemble et que je fuis devant la moindre anicroche, quel genre de couple est-on ?

Si je n’aide pas l’homme que j’aime en essayant de trouver des solutions avec lui, avec eux, d’être là pour lui, d’être l’oreille et le conseil dont il a besoin et que je le laisse pourrir dans les problèmes, quel genre de personne suis-je ? 

Alors j’écris ces quelques lignes et pendant que mes doigts frappent les touches, je l’entend revenir, poser ses mains sur mes épaules, m’embrasser la nuque et me demander si on peut faire la paix, je ravale ma fierté, mes envies d’exister, de toute façon j’en suis bien incapable pour le moment, et pendant qu’on se serre à s’en faire mal,  j’oublie que dès ce soir ce sera pareil, qu’il faudra essayer de discuter pour préparer le rendez-vous avec la principale du lycée demain mais que ce sera impossible et je me promet de me raccrocher à cette idée :

Ca passera.
Et un jour on en rira.

 

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