Vivre, maintenant

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Il était chez lui en cet après-midi de juillet.
Une grande maison, peut-être un peu trop grande pour lui, mais à laquelle il tenait tellement qu’il venait juste de faire tout le nécessaire pour l’acquérir.
Ce n’était pas encore le cas mais ça le serait bientôt, sous peu, il ne manquait plus qu’une signature sur un bout de papier et on sabrerait le champagne pour célébrer la bonne nouvelle.

Il était heureux et fier qu’elle lui appartienne enfin, il imaginait faire quelques travaux d’aménagement, sûrement donner un coup de frais aux tapisseries et peut être refaire la salle de bain.
Faire quelque chose d’un peu plus moderne de ces murs qui prenaient la poussière à force d’avoir vu défiler tant de générations.
Il lançait des invitations à tout va, il avait envie qu’elle résonne cette maison, qu’elle vive, il voulait faire découvrir à tout le monde son petit coin de paradis Breton, sa terre adorée, il voulait tout faire vite, ne pas attendre, il fourmillait de projets, et surtout, l’espoir d’y accueillir un jour la femme qu’il aimait.

Il avait eu 1000 vies, avant ça, aux 4 coins de la France et à l’étranger, il s’était marié puis il avait divorcé, entre temps un enfant était né, puis bien longtemps après, des petits enfants. Il y avait eu de l’amour et des disputes, des joies et des peines, des rires et des cris, des matins joyeux et des soirs moroses … Maintenant, il était l’heure de se poser, vivre les années restantes au calme et dans la simplicité.

Ce matin là, il est sorti faire quelques courses en prévision des jours à venir, remplir le frigo pour ne manquer de rien.
Car ils allaient être heureux les jours prochains ! Le soir, il avait rendez-vous à la gare, il attendrait sur le quai qu’un train arrive et en descende la femme qu’il aimait.
10 jours entiers à se dorloter, à rattraper le temps passé loin l’un de l’autre, à manger des coquillages et à rire à en pleurer.

6 mois qu’il avait retrouvé goût à la vie grâce à son amour de jeunesse retrouvé. Le coeur qui palpite et le ventre qui papillonne, le bonheur enfin, encore une fois, des heures au téléphone, des SMS par milliers, l’impression d’avoir 15 ans, à nouveau, il n’aurait pas cru que cela soit possible mais il vibrait encore, de tout son être.

Grace à elle, il le disait, il avait enfin envie de vivre.

Il était encore tôt pour aller se préparer et il faisait encore très chaud cet après midi là, même dans le Finistère, l’été peut être caniculaire, de toute façon c’est bien connu, « en Bretagne, il ne pleut que sur les cons! »
Alors il est resté au frais en attendant, en attendant l’heure d’aller la chercher, il s’est calé confortablement sur son fauteuil devant son ordinateur, à prendre des nouvelles de ce monde qui ne tourne décidément pas rond.

Le temps est long, il envoie un SMS pour dire son impatience à celle qu’il attend : « Vivement ce soir, je suis si heureux que tu arrives »

C’est à ce moment exact que son coeur si plein d’amour a décidé qu’il en avait assez.

Un dernier souffle et en une seconde tout est terminé.

Plus de projets, plus de ce soir et plus de demain, l’avenir cesse d’exister. 

Il faudra envoyer les pompiers, le SAMU, forcer sa porte pour pouvoir rentrer, ils le trouveront assis, impassible et froid devant un écran encore allumé.

J’ai dû l’annoncer à celle qu’il aimait, lui dire ce qu’il s’était passé, choisir les mots que personne ne souhaite entendre, écouter la peine et les pleurs, me sentir impuissante devant le chagrin.

Je lui ai dit que grâce à elle, il était parti heureux, avec des valises pleines d’amour pour ce nouveau voyage. Je sais que je ne me suis pas trompée. 

Je n’ai pas eu le temps de bien le connaître, cet homme, mais déjà était née une affection mutuelle et des sentiments sincères.  Je n’ai pas eu le temps de partager avec lui beaucoup de moments et de créer des souvenirs qui resteront gravés à jamais …

Mais il a eu le temps de m’apprendre une chose, une chose ô combien précieuse et essentielle que je vais m’efforcer de ne pas oublier :

Il ne faut pas attendre, il est urgent de vivre.
Pas demain… Maintenant. 

Bon voyage, grand homme.

 

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