Mais qui vous en empêche à part vous même ?

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Les premières lignes de ce qui sera peut être un jour mon roman ont été écrites il y a 5 ans jour pour jour, sur une page word toute blanche, dans l’ombre d’un bureau exigu et sans fenêtre.

C’était aussi un mercredi, il me semble. Veille de jour férié. Un long week-end en perspective et une escapade de quelques jours prévue en Savoie avec mon amoureux de l’époque. L’assurance de jours heureux et insouciants.

Et pourtant, il a fallu que j’écrive.

Bien sur, il n’était pas encore question de roman, simplement de mettre par écrit cet embryon d’histoire qui s’imposait à moi, ces quelques mots qui me brulaient les doigts et le ventre, sortir de moi ces lignes qui m’occupaient l’esprit à m’en rendre folle.

Et puis il y a eu d’autres mots, petit à petit les jours suivants. Des mots qui se sont ajoutés à la suite, sans trop de rapport les uns avec les autres, des mots maladroits, des mots pas beaux, des fautes d’orthographe et de syntaxe par dizaines.

Au final, il y en avait, des pages noircies de caractères, mais que faire de cette histoire qui n’avait ni queue ni tête, ni début, ni milieu, ni fin ?

Rien, assurément.

Le fichier est resté tranquille pendant longtemps. Protégé par un mot de passe, j’en suis même venue avec le temps à oublier le code d’accès. Il m’est arrivé parfois de vouloir le dépoussiérer et en relire quelques passages avant de me heurter à l’impossibilité de le rouvrir.
C’est drôle, mon cerveau avait caché le mot de passe très très loin et me l’a renvoyé d’un coup sans que je m’y attende, bien des années après …

Aujourd’hui, ce document word n’existe plus. Il y a 8 mois, il a été transféré sur un logiciel de rédaction et en a profité pour subir un bon coup de ménage. Le fichier compte aujourd’hui 21 parties qui me semblent assez construites pour être appelées des chapitres.
Les personnages sont très très loin de ce qu’ils étaient au début, je crois qu’ils ont grandi avec moi.
Le titre change à peu près tous les 3 jours et rien ne sonne comme il faudrait.
L’histoire s’est étoffée, beaucoup de choses ont été supprimées, d’autres rajoutées… D’un petit rien, je crois qu’elle est devenue quelque chose et de temps en temps elle me surprend, vu la tournure qu’elle peut prendre.
Parfois aussi elle me fatigue, je la trouve nulle et creuse, évidemment.

Souvent, je tourne autour du fichier sans l’ouvrir.
Les personnages m’appellent, ils demandent à être animés, corrigés, à continuer encore un peu l’aventure.
Et pourtant je ne bronche pas et je les fais taire.
Comme si j’avais peur des mots qui pourraient sortir de moi.
Comme si j’avais peur de ce que je pourrais faire d’eux.

Il y a encore un boulot monstre.
Souvent, je me dis que je n’en ai pas le courage. Je voudrais aller trop vite, claquer des doigts et que tout soit fini, écrire le mot fin et m’en débarrasser.

J’ai l’impression d’être arrivée au bout de ce que j’étais capable de donner.
Et maintenant, si quelqu’un pouvait prendre la suite et écrire le reste, ce serait sympa, merci bien. Allez salut, moi j’ai fini, je vais plutôt faire un clafoutis … Ouais un clafoutis c’est bien. Ou des cookies tiens.

Pourtant, chaque fois que je trouve suffisamment de force pour m’y replonger, je suis surprise de la facilité avec laquelle l’inspiration revient. Il suffit de poser quelques mots pour qu’ils reviennent se bousculer dans ma tête, m’obligeant à les noter avec empressement et m’accompagnant jusque dans mon sommeil.

J’aimerais avoir la régularité et la discipline, 2 choses qui n’ont pourtant jamais été mon fort. Peut être que, comme bien d’autre chose, cela se travaille mais peut-on réellement aller contre sa nature ?

Aujourd’hui, j’ai retrouvé des notes prises il y a longtemps dans un petit carnet type journal. J’avais noté combien j’aimerais écrire un roman, un jour. Je me souviens même en avoir parlé à la psy que je voyais à cette époque, tout en précisant bien que j’en étais incapable et que c’était un pur fantasme de ma part.
Un délire mégalo à oublier illico et qui ne sortirait pas des 4 murs de son cabinet.

Aujourd’hui, je me suis souvenue de cette phrase qu’elle m’avait dite après m’avoir regardé longuement dans les yeux :
« Mais qui vous en empêche à part vous même? »

J’ai eu un petit rire gêné à l’époque et je ne me souviens plus de ce que j’avais répondu. Sa phrase, elle, est restée gravée.

Oh bien sur je pourrais en trouver 1000, des raisons.
Peut être même 10 000 (je suis Marseillaise)

Mais, elles seraient toutes fausses parce que la seule et l’unique, c’est elle qui avait raison, c’est moi.

Alors … Au boulot.
(Feignasse)

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