S’aimer encore plus fort

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Jusqu’à hier, j’étais persuadée qu’exceptionnellement, je n’allais rien publier cette semaine.
Je n’avais ni le temps ni l’envie de venir raconter les traditionnelles sottises des Petits Bonheurs et encore moins de mettre des photos débiles vu la semaine qu’on a passé.
De toute façon, je n’avais pas l’ombre d’un truc léger à partager, tout juste une ou deux photos de bouffe prises dimanche ou lundi mais rien de plus à vous mettre sous la dent.

Et finalement, plutôt qu’une retrospective traditionnelle, j’ai quand même eu envie d’écrire et de raconter les événements des derniers jours, peut être très égoïstement plus pour moi que pour vous.

Parce que si cette semaine a été le théâtre d’évènements dont on se serait bien passé, elle a aussi été l’occasion de se recentrer, de réfléchir à l’essentiel et de relativiser beaucoup  de choses… Et rien que pour ça, je crois que ça vaut le coup d’en laisser une trace.

Alors si j’écris aujourd’hui, c’est sans vraiment de recul et encore un peu sous le coup de l’émotion. Les mots seront peut être maladroits mais ils auront le mérite d’être posés et de pouvoir ainsi être mis à distance (quiconque à déjà fait cet exercice en connait l’effet ô combien thérapeutique)

La journée de mardi a commencé dans la douceur, en trainant un peu plus tard que d’habitude au lit et en prenant le temps.
Chéri avait un rendez-vous dans la matinée, il est parti en me disant qu’il passerait à la Poste avant de rentrer et qu’il serait là pour le déjeuner.
Il m’appelle vers 11h pour me dire que son rendez-vous est fini et qu’il va poster son colis.
Je lui dis : « Oh ne t’embête pas, on peut y aller ensemble cet après-midi »
Il insiste : « Non j’y vais comme ça c’est fait et cet après-midi on est tranquilles pour bosser »
« Bon, comme tu veux »

A 11h30, j’étais au téléphone avec Maman Rose.
On discutait d’une chose grave et sérieuse quand tout a coup, la communication a été coupée nette (le genre pas du tout enervant où tu continues de parler dans le vide avant de t’apercevoir qu’il n’y a plus personne au bout du fil depuis 3h)
Bizarre.
J’attends qu’elle me rappelle.
Mon téléphone a sonné quelques secondes plus tard mais ce n’était pas son prénom que j’ai vu s’afficher, c’était encore Chéri.

Si la communication avec Maman Rose n’avait pas été coupée, je n’aurais pas décroché.
J’aurais vu qu’il m’appelait en double appel mais j’aurais pensé qu’il voulait me dire qu’il rentrait et qu’il serait bientôt là. J’aurais continué à bavarder comme si de rien n’était.

Vous connaissez à me connaitre, je suis entièrement persuadée que cette coupure n’est pas le fruit du hasard.

Dès que je décroche, je l’entends me hurler qu’il a eu un accident, que c’est grave et qu’il est bloqué dans la voiture. J’ai juste le temps de lui demander où (sur le chemin de la fucking Poste à environ 2km de chez nous) avant que la communication ne coupe (ENCORE bordel de b***)

Mon corps entier s’est alors mis à trembler.
De la racine de mes cheveux jusqu’à mes doigts de pieds, je n’étais que soubresauts incontrôlables.
Je ne savais plus, j’essayais de réfléchir calmement mais impossible, j’imaginais les pires trucs, j’avais des images insoutenables qui défilaient devant les yeux.

OK. On se calme. On respire. On réfléchit.
Je ne savais pas où il était exactement.
Je ne savais pas ce qu’il s’était passé ni dans quel état il était.
Je n’avais pas de voiture pour aller sur les lieux.
C’était un jour de grève des transports en commun et aucun bus ne circulait (joie et amour pour la vie).

Je n’ai pas hésité longtemps :  j’allais y aller en courant.

#bonneidee

(Evidemment, je vous prierai de bien vouloir être indulgent sur cette évaluation surréaliste de mes capacités et mon endurance physique : je n’étais pas dans mon état normal)

Au bout d’environ 45 secondes, à bout de souffle et tremblante, j’ai compris que ce ne serait pas possible et je me suis mise au milieu de la route pour arrêter la première voiture que j’ai croisé en lui expliquant la situation pour qu’elle accepte de m’amener sur les lieux.

Pas difficile de trouver le lieu de l’accident vu la panique innommable qu’il avait provoqué. J’ai vu un attroupement, notre voiture explosée, ratiboisée comme une compression de César et prise en sandwich entre 2 autres voitures.

Et dedans, il y avait l’homme que j’aime.

Les pompiers n’étaient pas encore là, j’ai dégagé la nana qui jusqu’à présent lui tenait compagnie (j’ai un peu honte en y repensant mais vraiment, j’étais hors de mon corps) et je me suis engouffrée dans ce qui restait d’habitacle pour être à côté de lui qui ne pouvait pas bouger et qui hurlait de douleur, lui demandant de me tenir la main et de ne pas quitter mes yeux.

« J’ai pensé à toi à la seconde où ça a frappé, je ne sais même pas comment j’ai réussi à te téléphoner »

#nepaschialernepaschialer

Essayer de rassurer quelqu’un alors qu’on est soi même terrifiée, s’efforcer d’être calme alors qu’on a envie de hurler, retenir ses larmes alors qu’elles sont là, juste derrière les yeux et prêtes à jaillir comme un geyser, franchement, ça devrait être une discipline olympique.

J’ai déjà vu mon homme souffrir, je sais qu’il n’en rajoute pas, je sais que face à la douleur, il serre les dents et ne dit rien. Le voir dans cet état était plus qu’insoutenable et alors que dans ma tête se déroulaient des scénarios tous plus atroces les uns que les autres, je m’efforçais d’être souriante et rassurante.

Les témoins m’ont dit que l’impact avait été très violent et impressionnant, eux mêmes étaient très choqués, de toute façon il suffisait de jeter un oeil aux 3 voitures pour le comprendre. Apparement la voiture de derrière qui n’avait plus de frein (sur une voiture flambant neuve, on pourra s’en étonner) est rentrée dans la notre qui avec la violence du choc, s’est soulevée pour s’encastrer dans celle de devant.

Ca a été long : attendre l’arrivée des pompiers, assister à sa longue son extraction de la voiture, le corset, la civière, la tête qu’il fallait tenir au cas où, répondre à une première équipe de police, puis une autre équipe, supporter la connasse qui venait de défoncer mon mec et qui, en plus de ne pas lui adresser un seul regard ou un seul mot, se plaignait de rater sa séance à la salle de sport et qui minaudait devant les pompiers (triste mais vrai)(J’avoue que le fait de lui arracher les yeux avec mes ongles était vraiment très tentant).

Je n’avais qu’une envie, c’était de partir avec lui dans ce camion, mais il fallait s’occuper de tout le reste, prévenir l’assurance, attendre le remorquage, récupérer toutes les affaires dans  la voiture, signer les constats de police, rentrer à la maison, prévenir ses enfants…

C’est quand, mon homme parti avec les pompiers depuis longtemps et après plus d’une heure d’attente en plein soleil, le mec du remorquage m’a demandé si je tenais à la voiture (« non parce que là, elle part direct à la casse huhu ») que j’ai légèrement pété un câble :

« PUTAIN MAIS J’EN AI RIEN A FOUTRE DE LA VOITURE, BRULEZ LA SI VOUS VOULEZ JE M’EN TAPE »

Puis je me suis effondrée en larmes.

😧 <– La tête du mec du remorquage

Il a du avoir pitié parce qu’il a fait un détour pour me ramener chez moi, m’évitant 2 km à pied chargée comme un âne et sous un soleil de plomb. J’ai essayé de rassurer ses enfants, j’ai essayé de rassembler tout ce qui pouvait être nécessaire avant de repartir à l’hôpital.

Et il n’y avait toujours pas de PUTAIN. DE. BUS (j’ai dit beaucoup de « putain » ce jour là)

Enfin, si j’avais su, je ne me serai pas pressée. Limite, je serai allée me faire un petit spa sur le chemin histoire de me détendre. Non parce que j’ai attendu pendant DES HEURES. Et sans nouvelles bien entendu.

Un coup il était en train d’attendre mais je ne pouvais pas le voir, un coup il était dans le box mais on lui faisait des soins, un coup il était à la radio, un coup c’était le scanner. Et évidemment, tout ça sans qu’on puisse me renseigner : est ce que c’est grave? est ce qu’il va bien? est ce qu’il a quelque chose de cassé ? est ce que c’est une blague ou est ce qu’on est en train de rêver ?

C’est logique qu’on ne puisse rien me dire sur son état bien sur mais sur le coup, t’as juste envie de défoncer la porte ou de te glisser en douce derrière quelqu’un histoire de rentrer quand même pour le voir.

Un. truc. de. fou.

Ah oui et puis la salle d’attente des urgences à la Timone ce jour là, c’était un peu la cour des miracles. Il y avait, entre autres, une femme complètement défoncée qui errait comme une furie en attendant je ne sais quoi, et devinez qui elle a choisi pour venir faire la conversation ?
Et ouais, gagné. 

Bordel, j’avais envie de me dissoudre.

Finalement, je me suis anesthésiée la tronche à la cigarette : j’en ai fumé 2 (petite fofolle) alors que je n’ai pas fumé depuis des mois ce qui fait que je planais autant que si j’avais pris un exctasy.

Au bout d’un temps qui m’a semblé être des mois, on m’a autorisé à aller le voir (Je crois que j’ai fait un peu pipi dans ma culotte de surprise quand le cerbère qui donnait l’autorisation de rentrer a prononcé mon nom et j’ai bondi comme un diable des fois qu’elle change d’avis).

Les nouvelles étaient plutôt rassurantes, même si tous les examens n’ont pas pu être fait ce jour là et qu’il faudra y retourner, et 2 secondes après, je me suis retrouvée dans la rue avec un mec qui avait toujours aussi mal et qui tenait à peine debout (« Allez tiens, c’est cadeau, gère comme tu peux, nous on a autre chose à faire »)
Pas du tout paniquée pour un sou quoi.

On est rentrés en fin de journée, dans un taxi débile qui écoutait Radio Star à fond les ballons (la pire radio qui existe sur Terre), épuisés et lessivés, éclopés, amochés mais bras dessus, bras dessous.

Il n’a rien de cassé mais il est dans un sale état, le corps entier tuméfié et douloureux. Le plus dur dans l’après, c’est de gérer la douleur, sournoise et omniprésente à chaque mouvement… C’est terrible de voir quelqu’un qu’on aime souffrir et de ne rien pouvoir y faire.

De jour en jour en jour, les douleurs évoluent. Parfois ça va mieux et on est à 2 doigts de sabrer le champagne et 2h après, rebelote en 3 fois plus violent.

Depuis mardi, je me suis transformée en infirmière à domicile : Que ce soit à midi ou à 5h du matin, je masse, je soulève, j’aide, je prépare les médocs, j’assiste pour chaque geste de la vie quotidienne… et je le ferai sans faiblir jusqu’à ce que ça ne soit plus nécessaire. Je sais que ça le met mal à l’aise et que ça le gêne de me voir tout faire, je lui dis de se la fermer et d’en profiter car ça ne durera pas.

Depuis mardi, on s’est pris quelques fous rires mais des petits parce que trop rire lui fait mal.

Depuis mardi, la vie a changé, un peu. 
Il y a des choses que l’on pensait être urgentes et qui en fait ne le sont plus du tout, des problèmes qui ont été oubliés, des priorités qui ont été revues, je crois que dans le choc, la vie nous a rappelé l’essentiel. 

Depuis mardi, le plus souvent possible, on se serre très fort, aussi fort que les douleurs nous le permettent, et on se dit qu’on a de la chance.

Parce que la vie c’est ça : tu pars poster un colis et tu peux ne jamais revenir.
Ou revenir broyé en mille morceaux.

Ca aurait pu être tellement pire …
Alors, oui, on a de la chance.
D’être en vie,
 d’être tous les 2, les coudes serrés et plus unis que jamais, de respirer, de se coucher dans le même lit en se disant des mots d’amour.

Des mots qui sont les mêmes qu’hier mais qui pourtant résonnent différemment aujourd’hui. Ils sont plus forts et prennent toute leur signification. 

Oh oui, on a beaucoup de chance…
De la chance pour tout ça et puis, de la chance de s’aimer encore plus fort.

 

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