Sur ses genoux

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Le plus souvent, je n’y pense pas.
Je l’évoque dans les conversations comme on le ferait de quelqu’un qu’on ne voit plus depuis longtemps ou je fais allusion à lui en racontant le souvenir de quelque chose que nous avions partagé.
Et la parole est douce, c’est comme se pelotonner son un plaid bien chaud l’hiver, c’est agréable, presque réconfortant.

Le plus souvent, j’ai intégré son absence et je me suis fait à l’idée de ne plus jamais prononcer le mot « papa ». Ca n’est pas douloureux, depuis le temps, le travail de deuil a fait son oeuvre, c’est ainsi que les choses sont.

Le plus souvent, quand je tombe sur quelque chose qui lui plaisait ou qui lui aurait plus, quand je repense à la manière si simple et pourtant si essentielle qu’il avait de mener sa vie, les valeurs qu’il avait et qu’il nous a transmises, je pense à lui avec beaucoup de tendresse et le sourire aux lèvres.

Et puis parfois, sans prévenir, la douleur du manque vient frapper à ma porte. Comme une vieille amie qui viendrait à l’improviste prendre des nouvelles et s’assurer qu’on ne l’a pas oubliée.

L’approche de son anniversaire, suivi de près par la fête des pères, et les milliards de publicités qui s’entassent dans ma boite mail ont surement quelque chose à voir avec la vague de mélancolie qui me submerge.

On me propose de lui offrir une bouteille de vin ou un cours d’oenologie, une tablette tactile ou des rasoirs dernier cri, des wonderbox pour diner au restaurant ou partir une nuit dans une cabane dans les arbres.

En plus de m’agacer, ces publicités me rappellent quotidiennement et insidieusement que le 14 juin n’est  l’anniversaire de plus personne et que je n’aurai personne à appeler le dimanche qui suit.

La maison est vide. La musique qui meublait l’espace s’est arrêtée, pas le moindre ronronnement d’une machine à laver qui pourrait attester d’un semblant de vie, je n’entends plus que les rouages de mon cerveau qui lui ne veut pas se taire, qui crie à plein poumons, qui demande sans arrêt le sens de cette grande mascarade qu’est la vie.

Ne pas pouvoir y répondre me tue.

Je pensais avoir eu le temps de me faire à l’idée. Je pensais être suffisamment persuadée que c’était dans l’ordre des choses pour ne pas ressentir la peine. Je pensais que cela faisait suffisamment longtemps pour ne plus connaitre le manque.

Je me trompais.

Très bientôt, la maison s’animera à nouveau, la vie reprendra le dessus, les garçons vont rentrer, on fêtera l’obtention du permis du plus grand et on mangera des pizzas devant le foot en riant tous ensemble.

Mais pour l’instant, pour encore une minute ou deux, je m’autorise à avoir 7 ans et à rester sur ses genoux, à feuilleter un livre tête contre tête.

Juste lui et moi.

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