Et toi, tu fais quoi dans la vie ?

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C’est une des questions que je redoute le plus lorsque je rencontre de nouvelles personnes.
Elle peut se décliner sous différentes formes : Quand c’est quelqu’un que je n’ai pas vu depuis longtemps, ça donne « Alors, tu fais quoi maintenant? » ou bien « Tu bosses toujours à Trifouillis les oies ? ».
Quand c’est quelqu’un que je ne connais pas, on reste dans le classique : « Et toi Laurie, tu fais quoi dans la vie? ».

Tout ça devant plusieurs paires d’yeux tournés vers moi (ce qui me donne envie de me jeter par la fenêtre) et autant d’oreilles avides d’entendre ma réponse. 

Généralement, c’est le moment où je me liquéfie en essayant de faire une répondre courte, concise, qui n’appelle pas à la discussion et hop, ni vu ni connu, je switche sur un autre sujet ou je renvoie la question quand c’est possible.

« Je cherche du boulot ». 

En principe, ça suffit. Les gens posent souvent la question par politesse ou pour maintenir la conversation mais c’est la vérité, c’est que personne n’a envie d’en savoir plus ou d’entendre la personne chouiner sur ses recherches infructueuses.

Mais, parfois, certains insistent (les cons!) …

« Ah bon, mais dans quel secteur? » « Depuis quand ? » « Tu as essayé de postuler là ? » « Pourquoi tu n’essaierais pas de faire ça ? » « Tu devrais essayer de faire comme ci » « Si j’etais à ta place, je m’y prendrais comme ça »

#lesgens

Tout ça part d’un bon sentiment, évidemment, mais en fait, si je suis autant gênée c’est que tout ça n’est qu’une vaste fumisterie. 
Clairement, je ne cherche pas de boulot.
Enfin, pas activement.

Je reçois chaque matin les annonces Pole Emploi correspondant à mon profil, je les regarde …toujours, et je les zappe … toujours, parce que tout me donne envie de me pendre.
Depuis 1 an que je ne bosse plus, pas UNE SEULE annonce ne m’a donné envie d’y répondre.

Je sais que ça peut arriver n’importe quand… L’année dernière, ce n’est pas une mais 2 annonces qui m’ont plu en même temps et j’avais été prise pour les 2. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas.

Alors que répondre à ces gens ?

Faire « comme si » me dérange, mentir (car quelque part, il s’agit bien de mentir) aussi, et surtout ce qui me dérange le plus c’est de ne pas assumer.
De ne pas M’assumer.
D’avoir un niveau de confiance si proche de 0 qu’il me faut mentir et prétendre être une autre. 

Une femme qui ne travaille pas mais qui a des enfants a clairement une légitimité quant au fait de rester à la maison : elle s’occupe de ses enfants et Dieu sait combien cela demande du boulot …
Mais moi ?
Je fais quoi ?
Pourquoi je reste à la maison ?

En vérité,  je ne m’ennuie jamais : je m’occupe de la maison, je cuisine, je lis, j’écoute de la musique, je regarde des films, des reportages, je marche, je cours, je fais du yoga, je médite, je téléphone aux copines, je reçois des amis, je travaille parfois avec mon homme, je lui rends service pour des trucs quand il n’a pas le temps de les faire, pour lui ou pour les Ados, je m’occupe de l’association que l’on a monté quand il y a des trucs administratifs à gérer, je fais des photos, je tiens 2 blogs, … et ah oui : j’écris.

« J’écris »

Mais quel est l’intérêt sociétal de tout ça ?
Aucun.

Est-ce bien sérieux de prendre ce qui n’est finalement qu’une succession de hobbies pour une activité de vie ?
Sans doute pas.

Toujours ce foutu regard des autres dans lequel je sens déjà l’incompréhension et le sarcasme si toutefois je disais la vérité :
« Je n’ai pas envie de retravailler pour l’instant – SAUF si c’est pour un boulot qui me plait vraiment – parce que j’ai envie de finir d’écrire ce fucking bouquin qui me prend la tête jour et nuit »

Je me sens en marge, différente, pas dans le flot du monde, avec leurs horaires et leurs jours de congés, leurs problèmes avec leur patron et leurs envies d’évolution de carrière…

Et tout le paradoxe est que j’adore ça (j’en avais d’ailleurs déjà parlé dans cet article)  MAIS que je n’assume pas.

« J’écris »

(Tu la sens venir la fumisterie N°2 ?)

J’entends déjà les « Non mais je veux dire, tu fais quoi comme METIER? »  ou bien « Ah ah, non mais pour gagner ta vie? »

Dans peu de temps, très bientôt même, je sais que cette question va revenir, elle revient tout le temps, souvent, à de multiples occasions.

« Et toi, tu fais quoi dans la vie? »

A ce moment là, j’espère que je serai ENFIN cette fille qui prend une grande inspiration, qui redresse la tête, qui regarde la personne droit dans les yeux, et qui répond : « J’écris ».

En étant fière de ce qu’elle dit. 

 

 

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