Comme si de rien n’était ?

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Ca fait maintenant presque 5 jours et j’aimerais vous dire que je suis de celles et ceux qui n’ont pas peur.

Que la vie est la même et que je n’ai aucune appréhension d’aller en ville, de me mêler à la foule ou de m’attabler à une table de restaurant.

Que je ne prête pas attention aux fausses alertes dans ma ville ou à ces petits cons qui menacent de faire pareil. Que c’est de la provoc’ et que ce n’est pas grave.

Que ce matin, quand j’ai pris le métro et que je me suis trouvée dans ces endroits bondés, c’était comme d’habitude et que je n’y ai pas pensé.

Que je n’ai pas imaginé que cela pourrait se produire là, maintenant, tout de suite. Dans un embouteillage. Dans cette rame de métro. Dans ce café dans lequel nous nous arrêtons pour manger  un sandwich avec mon homme. Dans le bus que prend l’Ado pour aller au lycée. Dans le train que prend ma mère pour aller à Paris ou dans le cinéma dans lequel elle choisira peut être d’aller voir un film. Dans le bar dans lequel des gens que j’aime sortent boire un verre ce soir.

Que les images vues et revues ne se superposent pas avec celles que mon imagination fabrique jusqu’à ce que j’étouffe et que j’ai du mal à respirer.

Que je ne suis pas obligée de fermer les yeux un instant et respirer pour calmer le bouillonnement intérieur et la nausée qui me terrassent.

Que quand mon homme part quelque part, je ne le serre pas un peu plus fort que d’habitude et quelques secondes de plus.

Que lorsqu’on est entre amis, je profite du moment, que je n’y pense pas et que, insouciante et légère, je souris comme avant.

Que dans mes tripes, je ne ressens pas la douleur et l’effroi de ceux qui ont vécu tout ça.

Que je ne ne suis pas excessivement hypersensible, que tout ça est dramatique mais que bon, voilà, faut passer à autre chose maintenant…

Que la présence policière et militaire partout dans les rues me rassure et ne me fait pas encore plus peur, rappelant sans arrêt le danger potentiel.

Que j’ai confiance en l’avenir.

Que je ne me sens pas impuissante et en colère.

Que je suis aussi courageuse que ceux que je lis parfois, sur les blogs ou les réseaux sociaux, que je n’ai pas peur.

J’aimerais vous dire tout ça…

Et pourtant …

Et pourtant, même si aujourd’hui j’ai marché la tête haute dans ces rues et que j’ai continué à vivre  « comme si de rien n’était » pour tous ceux qui ne le peuvent plus, j’avais les mâchoires serrées, le coeur lourd, et quelque chose en moi qui me disait que, justement rien ne sera plus jamais « comme si de rien n’était ».

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