Mots à maux

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En ce moment, chaque soir en m’endormant, les mots se bousculent.

Les personnages me hantent, ils me parlent, me soufflent les répliques. L’histoire prend vie, les mots sont fluides, ils viennent facilement. Ma tête semble être prête à éclater, je tourne et me retourne dans le lit, me félicitant de cette tournure dont il faut absolument que je me souvienne et que je note demain. Quand le sommeil m’attrape, je souris, ça y est, cette fois je sais, c’est comme ça qu’il faut s’y prendre. J’entends déjà mes doigts qui tapent sur le clavier à une vitesse folle, je vois les lignes qui s’ajoutent peu à peu, les chapitres qui prennent forme. C’est évident, c’est exactement ça qu’il faut que j’écrive.

La journée non plus, ils ne me quittent pas. Tout me semble si net et pourtant, quand je place mon corps tendu devant l’écran, je me retrouve vide.

Mon corps est lourd mais je suis vide, les mots sont mièvres et s’agencent mal, je ne sais pas où je veux aller, je ne sais plus comment m’y prendre. Je tape une phrase puis l’efface. Une autre que je trouve toute aussi nulle la remplace. J’ai l’impression de faire semblant d’en être capable alors que  ce n’est, de toute évidence, pas le cas.

Je me lève et alors les personnages reviennent, forts et violents, ils me narguent, je suis tellement agacée de ne pas pouvoir les coucher sur le papier. Ma tête bouillonne, elle va exploser, c’est sur, j’en tremble de rage, d’impuissance et de désespoir.

J’ai envie de vomir, vomir ces mots qui restent bloqués dans ma gorge. Ils sont là, putain, qu’ils sortent !

Je déteste tout et tout le monde, à commencer par moi même, les courses qu’il faut faire, le chien qu’il faut sortir, le linge qu’il faut laver et la maison à nettoyer, le téléphone qui sonne, les amis qui prennent des nouvelles, les dîners à préparer, les invitations à honorer, mon homme qui veut faire quelque chose ou regarder un film. Oui je sais, je vous ai promis des hamburgers ce soir mais là je ne peux pas, vous n’avez qu’à aller au Mac Do, laissez-moi tranquille, vous ne voyez pas que je suis en train d’accoucher? Que le travail est long et douloureux ? Laissez-moi là, faites comme si je n’existais pas, ne comptez pas sur moi, de toute façon je m’en fous.

Oui de tout. Ca ne veut pas dire que je ne vous aime pas, vous êtes ma vie et je vous aime à en crever mais là maintenant, je ne peux pas.

Je pense que je deviens folle. Ou peut être que je le suis déjà depuis longtemps.

J’ai l’impression que le monde entier se ligue pour faire en sorte qu’il y ait plein de choses à faire et m’empêcher d’écrire alors que je suis la seule et unique responsable de mon incapacité.

Je quitte l’écran, puisque les mots ne viennent pas, je fais ce que l’on attend de moi, la tête en feu et la rage au ventre, en colère contre moi.

Qu’ils aillent au diable, ces mots.

Dernièrement, je crois que j’ai trouvé la clé qu’il me manquait. Une idée, quelque chose pour donner du corps et de la force au récit. Aujourd’hui, il me semble viable. Il n’y a plus qu’à, je veux exploiter cette idée, la tirer jusqu’au bout quitte à l’abandonner parce qu’elle ne tiendra finalement pas ses promesses.

J’ai compris aussi que je m’y prenais mal. Le travail me semble tellement titanesque, je vais et je viens sans cesse, noyée entre des mots mis bout à bout mais qui n’ont pas de suite logique.

Il faut que je m’organise. Que je découpe ce récit en plusieurs étapes, des dizaines s’il le faut. Et que je m’attaque à chaque étape doucement, tranquillement, sans me précipiter sur les autres, sans vouloir aller trop vite. Que je me bloque 1h chaque jour pendant laquelle rien d’autre n’existera.

Même si je n’écris 10 lignes par jour, ce sera déjà mieux que 0.

J’ai attrapé un carnet et j’ai découpé le récit en 20 étapes, qui seront peut être un jour des chapitres. Peut être plus, peut être moins : il y a encore tant de passages vides, à combler, à créer. Je ne sais pas si je serais capable de mener cette course de fond.

Je ne sais pas mais j’essaie. J’agence ce qui existe déjà, je supprime et je rajoute des lignes, je reformule. Je crois que j’avance même si je ne sais pas très bien encore où je vais et si j’y arriverai.

Mais j’avance.

Tout doucement.

Mots à maux.

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