La boite de Pandore

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Depuis que je suis en âge de le faire, j’écris.

Des journaux intimes, des morceaux de papiers sur lesquels je note des pensées ou des bribes de phrases, des cahiers dans lesquels je consigne jour pour jour ce qu’il s’est passé, des poèmes ou des chansons, des lettres jamais envoyées à leurs destinataires, des débuts de ce qui aurait pu être des romans ou des nouvelles, des échanges de SMS ou de mails que je retranscris par peur de les perdre, des récits de voyages ou des vacances, des passages entiers de romans que j’ai aimé…

J’écris depuis toujours même si je n’ai jamais su m’expliquer pourquoi, dans quel but.
Peut être parce que j’ai une peur bleue de ne pas me souvenir (quand j’étais enfant, j’ai été très marquée par une phrase qu’à dit ma mère « on devrait toujours écrire les choses pour ne jamais les oublier »), ou peut être parce que j’ai ça dans le sang tout simplement.

J’ai écrit beaucoup de trucs nuls, beaucoup de trucs qui n’ont d’intérêt que pour moi même (les journaux intimes d’une enfant de 9 ans sont terriblement chiants), beaucoup d’histoires immatures qui resteront à jamais des embryons, mais j’ai noirci des milliers de pages de cahiers, d’agendas, de feuilles volantes, puis quand l’informatique est arrivé, des dizaines de fichiers word.

De tout ça, mis à part certains fichiers qui ont disparus avec des bugs informatiques, je n’ai rien jeté. J’y tiens comme à la prunelle de mes yeux et lors de mes déménagements successifs, ils sont toujours restés avec moi, dans un carton, scotchés pour que personne ne les ouvre.

Cela faisait plusieurs années que le carton était rangé au garage, mais cette semaine, profitant d’une journée seule à la maison, j’ai eu envie de l’ouvrir et de m’y plonger.

Pendant des heures, j’ai pioché au hasard, j’ai parcouru des pages, j’ai sauté d’une époque à l’autre, passant de cette candeur de l’enfance à la noirceur de l’adolescence, de la douceur à la violence, de rires en désillusions.

Je n’ai pas vu le temps passer et le soir venu, quelque chose m’a frappé.

Outre mon obsession pour les garçons (qui m’a suivie jusqu’à un âge avancé), mon coeur d’artichaut (je tombais amoureuse toutes les 3 minutes), et ma timidité maladive (qui s’est peu à peu apaisée avec le temps), j’ai été surprise par mon mal-être toujours latent, l’impression d’être la plupart du temps en décalage avec les autres tout en ne le supportant pas et en voulant me conformer à tout prix, et mon grand besoin d’être aimée (par l’Autre en général) tout en voulant rester dans l’ombre et de surtout ne pas me faire remarquer.

J’aime l’écriture passionnément et infiniment, même si je la redoute et que quelque part, elle me fait peur en m’emmenant vers la part d’ombre de moi-même.

Mais, l’écriture, je crois, m’a sauvée. Elle m’a aidée à analyser et à prendre de la distance avec les choses difficiles qui m’a été donné de traverser : les moqueries, les rejets, les échecs, les incompréhensions, les difficultés professionnelles, les amours en sens unique, la violence d’un homme qu’on croit aimer, les envies d’en finir parfois, les choix cornéliens, l’avortement, la maladie, la mort…

Et surtout, elle m’a aidée à y voir clair et à donner un sens.

Au fil des pages, j’ai revécu :
(on sera indulgents sur les horribles fautes d’orthographe)

 

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Des dizaines et dizaines de nouvelles …

 

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Des drames sentimentaux … 

 

thumb_IMG_1857_1024Des drames tout court (Umberto était mon poisson rouge)

 

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Des paradoxes très féminins …

 

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Des instants « Ma vie est passionnante » , une addiction à AB productions et du suspens (où sont passés ces foutus timbres ??? Ai-je eu 12 ou 12,5 en rédaction ???) (par contre, que tout le monde se rassure : j’ai fini Tic et Tac)

 

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Des instants « Vive la vie ! »

 

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Des bonnes résolutions (on ne commentera ni « arrêter de coucher et sortir avec le premier venu » ni le fait que je m’autorise environ une cuite par mois)

 

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Des instants plus sombres…

 

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Des réflexions sur ma vie …

 

Quand la nuit est tombée, j’ai refermé la boite. Un peu troublée, un peu émue, un peu mal à l’aise et honteuse de celle que j’ai pu être autrefois, un peu lourde de toutes ces années parcourues en quelques heures… Etait-ce vraiment une bonne idée d’aller refarfouiller là dedans et de faire remonter toutes ces choses à la surface ?
Je l’ai rescotchée et redescendue au garage, à sa place … J’ai quitté le passé pour retrouver le présent, non sans difficulté, il m’a fallu plusieurs heures pour m’en détacher. Je n’avais pas tout lu non, il m’aurait fallu bien plus de temps, mais j’ai lu suffisamment pour comprendre une chose :

Rien de ce qui se passe dans la vie ne se produit au hasard.

Même si ce n’est pas toujours évident à première vue, chaque événement, chaque épreuve, chaque rencontre, non seulement est la résultante de tout un tas de facteurs ou de décisions prises précédemment qui ont fait qu’on est arrivés à tel ou tel endroit, mais se produit dans un but bien précis : nous apprendre quelque chose sur nous même ou sur les autres, nous faire grandir, donner du sens… 

Et c’est l’écriture qui, je crois, a cette délicieuse faculté de nous le faire comprendre.

 

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