« Je ne vous aime pas »

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Je ne sais pas si vous vous souvenez mais les 15 premiers jours de juillet où l’Ado était avec nous, sont passés à vitesse grand V, et j’avais presque eu un petit pincement au coeur de le voir partir chez sa mère si vite … Il était sorti avec ses copains pratiquement tous les jours, et quand il ne sortait pas, les copains venaient à la maison pour une après midi piscine, on avait fait une soirée pizza tous ensemble et ils avaient même dormi là un soir … Bref, c’était sympa et agréable, on voyait qu’il s’amusait et qu’il profitait de son été. Il semblait heureux et forcément cela se ressentait dans son rapport avec nous, de fait plus apaisé…

Et bien les 15 premiers jours d’aout ont été bien différents ! Tous les copains étant partis en vacances chacun de leur côté, l’Ado s’est retrouvé seul et vient de passer les 15 derniers jours enfermé comme un ours dans sa chambre, dormant pratiquement toute la journée et restant sur son téléphone / Internet / TV toute la nuit, ne sortant que pour manger parce qu’on l’y obligeait.

Le fait d’avoir reçu pas mal d’amis a fait diversion et on a quand même essayé de faire pas mal de trucs avec lui pour tromper l’ennui (sortie à l’Estaque, parties de ping-pong, jeux de société, resto, ciné pour voir, ô joie, Mission Impossible, regarder des émissions débiles à la télé pour être ensemble)(sacrifice quand tu nous tiens) mais s’il semblait faire les choses plutôt volontiers avec nous, il ne s’est jamais débarrassé de cette perpétuelle attitude insupportable d’Ado.

J’avoue que cette présence fantomatique (voire autistique) dans la maison me pesait et que chaque repas a été aussi éprouvant qu’un marathon … Avoir l’air enjouée et essayer de créer une ambiance décontractée, de maintenir un semblant de conversation est tout simplement épuisant quand, en face, vous avez un bloc de marbre …

Au fil des jours, je l’ai senti se replier sur lui même et être de plus en plus fermé, jusqu’à cette soirée au restaurant où il a refusé catégoriquement de prendre une photo avec son père.

Suite à ça, il a passé 2 jours entier sans nous parler, répondant que par vagues grognements ou onomatopées incompréhensibles quand on lui posait des questions.

Au bout de 48h, j’ai craqué.

J’ai lancé : « Ca va, l’Ado ? Tu es bien silencieux depuis 2 jours … »

Un espèce de grognement préhistorique qui n’avait aucun sens est sorti de sa bouche et le silence s’est réinstallé.

C’est son père qui a pris la suite en expliquant qu’il avait été peiné de son attitude suite au restaurant, de ne pas vouloir prendre de photo avec lui, et d’une manière générale de son attitude par rapport à nous et par rapport aux gens … Qu’il aimerait bien que, quand il y a quelqu’un à la maison, il sorte de lui même dire bonjour et qu’on ne soit pas obligés d’aller l’extraire de force de sa chambre, qu’il soit ne serait ce qu’un tout petit peu moins centré sur son nombril et qu’il s’aperçoive qu’on est 3 à vivre dans la maison.

La discussion à duré une bonne heure pendant laquelle il a avancé des explications toutes aussi farfelues les unes que les autres et qu’il nous a expliqué que rien n’était sa faute, c’était la faute de la « Crise d’Adolescence ». 

J’ai dit que c’était, certes, une période de la vie pas facile, dans laquelle on se sent mal dans sa peau, qu’on voudrait grandir plus vite, prendre son envol, toussa toussa … mais qui n’excuse pas tout. Que la vie, que vivre ensemble, c’était aussi faire des efforts, de temps en temps, faire des choses qui ne nous font pas forcément plaisir mais qui font plaisir aux autres… Que je pensais qu’on ne lui demandait vraiment pas grand chose comparé à d’autres ados, et qu’il avait une vie plutôt tranquille ici…

Il a répondu que c’était plus fort que lui. Le plus froidement du monde, il nous a dit : « Je fais des efforts mais je n’y peux rien … Je ne vous aime pas, c’est tout »

Pas le truc que tu dis en t’emportant dans une dispute ou sous la colère et que tu regrettes un peu après.
Non, non, froidement : « Je ne vous aime pas »

La violence de sa phrase m’a fait l’effet d’un puissant coup de poing dans le ventre.

Moi qui ne suis pas sa mère et qui le côtoie depuis seulement 4 ans, j’ai eu mal pour Chéri qui, comme tous les parents, a tellement donné pour lui. Je l’ai regardé accuser le coup.

J’ai rassemblé tout mon calme et toutes mes forces, réprimant du mieux possible ma voix chevrotante et ravalant les larmes qui me montaient aux yeux pour dire le plus calmement du monde : « Whaou, je ne sais pas si tu t’en rends compte mais c’est très dur ce que tu viens de dire. Moi qui ne suis pas ta mère, ça me fait une peine immense alors j’imagine même pas ce que dois ressentir ton père là tout de suite … « 

Conscient qu’il était peut être allé un peu trop loin, il a tenté de se reprendre … « Mais ce n’est pas ma faute, tous mes copains détestent leur famille aussi, c’est ça être un Ado »

Il n’a pas su répondre quand son père lui a demandé ce qu’il nous reprochait exactement … D’être trop derrière lui ? Non. De ne pas assez le laisser tranquille ? Non. De lui demander trop de choses ? Non.

Juste d’être là et d’exister apparement.

Il y a-t-il des choses qu’il voudrait faire et que l’on lui interdit ? Non. Que voudrait-il qu’on fasse différemment ? Rien.

La discussion est morte d’elle même. Je me suis levée, il en a fait de même. Il a regagné sa chambre et n’en est plus sorti.

Sa phrase hante mon esprit depuis, je n’arrive pas à m’en détacher.

Je ne sais pas quelle attitude adopter. Faut-il agir comme si de rien n’était ? Faire comme si rien ne s’était passé et que ces mots n’avaient jamais été prononcés ? Prendre sur moi encore une fois et mettre ça sur le compte de l’adolescence ? Je ne m’en sens pas le courage, je n’ai plus envie de faire le moindre effort et y suis pourtant bien obligée. Même si l’envie est grande, je ne peux pas tout à coup l’ignorer et faire comme s’il n’existait pas.

Je ne peux même pas imaginer combien il doit être difficile pour un parent d’entendre ça … Quelle douleur atroce ce doit être quand la chair de ta chair te dit ces mots le plus froidement du monde.

Alors c’est ça aussi, avoir un enfant ? S’en prendre plein la tête sans aucune raison valable ?  C’est peut être égoïste de penser ça mais je crois que je n’en aurais jamais le courage. Trop de sacrifices.

J’avoue que le soulagement qu’il parte le lendemain chez sa mère a cette fois été grand. J’ai compté les heures, presque les minutes … tout en sachant très bien que son départ n’effacerait rien.

Il y aura cette phrase, toujours, qui planera dans l’air, et qui fait terriblement mal.

« Je ne vous aime pas »

J’avais prévu d’arrêter cet article là, parce que j’avais l’impression d’avoir tout dit et que je sais qu’il n’y a pas de solution … Mais au moment de partir, alors qu’il avait le sac à l’épaule et que sa mère attendait devant le portail, son père l’a retenu par le bras et lui a dit « Tu sais l’Ado, peut être que toi tu ne nous aime pas … mais en tout cas … Nous, on t’aime »

Il a été complètement déstabilisé et n’a su que répondre. Sa carapace triple épaisseur s’est ouverte, juste un tout petit peu, un millième de seconde, juste assez pour laisser passer « Mais … moi aussi je vous aime .. Et en plus, vous me manquez quand je ne suis pas avec vous »

Espèce de petit con, va.

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