Sur les vitres embuées

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Un jour, en classe de quatrième, nous revenions du cours de piscine. C’était l’hiver, le froid avait crée une buée incroyable sur les vitres du bus dans lequel nous montions si bien que l’extérieur était carrément invisible. Il me semble que nous étions 2 classes, en tout cas, le bus était bondé.

Je trouve une place assise juste devant une bande de 4 filles inséparables, qui à la fois me fascinaient par leur incroyable aisance (j’aurais tellement voulu être comme elles et faire partie de la bande) et me terrifiaient, tant leur aisance justement pouvait aussi être le lit d’une incroyable méchanceté.

Je m’assoie et dégage une toute petite fenêtre sur la vitre pour regarder à l’extérieur. Alors que le bus démarre, mon esprit vagabonde déjà.

Les 4 filles derrière moi sont déchainées. Elles s’amusent à écrire sur les vitres embuées le nom ou le surnom de chacune d’entre elles avec une flèche dirigée vers la personne en question. Je les ignore préférant mes rêveries.

Elles ne m’ignorent pas par contre, j’entend soudain un grand éclat de rire général et relève les yeux pour voir l’une d’entres elles finir de former la flèche pointant dans ma direction, juste en dessous de l’inscription « GROSSE NULLE ».

Tous les élèves, hilares, guettaient ma réaction… 50 adolescents aussi en transes que si on avait jeté un agneau sans défense au milieu de la fosse aux lions. J’étais blessée et terrifiée, je ne savais même pas quoi faire.

Je me suis levée pour effacer du revers de la main cette inscription sur la vitre que je n’ai par contre jamais pu effacer de ma mémoire.

Quelques mois plus tard, ces mêmes filles sont revenues à l’assaut. C’était la fin de l’année, nous étions dans la cour pour attendre les résultats du conseil de classe. Elles m’ont demandées si j’étais déjà sortie avec un garçon. J’ai dit oui, parce que c’était vrai, l’été précédent, pas au collège mais en colonie de vacances, et elles m’ont traitées de menteuse. Que ce n’était pas possible qu’un garçon sorte avec moi, que j’étais trop moche et molle (comprenez que je ne sois pas hystérique en permanence comme elles) et que quand bien même c’était vrai, il m’avait surement quitté à la seconde où ses lèvres avaient touché les miennes, tant ça devait être dégueulasse de m’embrasser, et que jamais personne ne voudra de moi vu la tête que j’avais.

Deux anecdotes parmi des dizaines. Quand ce n’était pas ces filles, c’était une autre, ou bien c’était les garçons aussi, qui se moquaient de moi sur mon passage et qui évitaient soigneusement de m’adresser la parole …

Et puis, il y a eu le lycée et j’ai commencé à me rendre compte que je pouvais plaire aux garçons. Ca a été une sorte de révélation pour moi, on ne m’en voudra pas d’en avoir un peu profité, un peu trop, allant parfois sur des chemins que je ne voulais pas prendre ou qui ne me correspondaient pas, perdant parfois pied, comme si je voulais effacer mes cicatrices entre leurs bras.

Aujourd’hui, certains s’étonnent que je n’ai pas confiance en moi. Je ne sais jamais quoi répondre sans partir dans une explication en 3 volumes façon Zola. Disons que d’avoir grandi dans l’ombre d’une soeur toujours plus belle et plus intelligente, d’avoir subi durant toutes les années collèges des moqueries et humiliations, ça n’aide pas à avoir confiance, c’est gravé en soi, même à l’âge adulte.

Je ne sais pas si j’aurai pleinement confiance en moi un jour. Je ne sais pas si j’arrêterai de me dévaluer face à quelqu’un d’autre, de croire que je vaux toujours moins, que ce soit physiquement ou intellectuellement bien sur.

Je ne sais pas si j’arriverai un jour à parler avec fierté de ce que je fais.

Tout ça pour vous dire que j’ai écrit une nouvelle. Certains la connaissent déjà, bien qu’elle soit complètement refondue pour rentrer dans le cadre du concours, d’autres la découvriront peut être.

Tout ça pour dire que je sais très bien que je ne gagnerai pas ce concours, que c’est impossible parce que les autres nouvelles sont objectivement mieux et plus originales que la mienne, comme par exemple celle de ma copine que vous pouvez lire ici et que je trouve absolument extra.

Mais je l’ai écrite et envoyée, elle s’appelle « L’autre femme » et elle est même visible ici :

http://www.aufeminin.com/ecrire-aufeminin/l-autre-femme-s1497569.html

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Si vous avez le temps de la lire, et pourquoi pas de voter pour elle et de la partager sur Facebook, ce serait tout simplement magique …

Bonne journée !

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