Alors, c’est quoi ton excuse maintenant ?

P1030867

Cela fait des mois, que dis-je, des années que je me trouve des excuses pour ne pas écrire.

Je ne parle pas d’écrire des futilités ou des recettes de cuisine pour le blog mais d’écrire vraiment. Ecrire le livre qui sommeille en moi depuis des lustres et que je traine dans mes bagages en rêvant que peut être, il verra le jour.

Quand j’ai rencontré mon homme, dans nos délires de jeunes amoureux, on s’imaginait très bien en couple d’artistes bohèmes et inséparables … Les dignes descendants d’Auguste Rodin et Camille Claudel, de Frida Kahlo et Diego Rivera, de Georges Sand et Alfred de Musset … La vie de Monsieur et Madame Tout Le Monde ? Très peu pour nous.

Une amie de l’époque, alors même qu’elle ignorait tout de mes fantasmes, nous avait même confié avoir eue une vision de nous :
« Tu écris ? » m’avait-elle demandé sans que le sujet n’ait jamais été abordé.
« Euuuh, oui, enfin non. Un peu, enfin, pas vraiment. »
« Tu écriras » m’avait elle dit, « Je vous vois clairement tous les 2 dans une grande maison à la campagne, lui travaillant sur sa peinture et toi écrivant toute la journée »

On était ensemble depuis même pas un mois, le coeur vibrant de toutes les possibilités que notre amour naissant offrait encore, et j’y ai cru.

Et puis la réalité de la vie nous a rattrapé… Si mon homme continue de consacrer sa vie à sa passion et à en vivre comme il l’a toujours fait, il a fallu pour ma part redescendre de mon petit nuage et voir la réalité en face.

Le livre que j’ai envie d’écrire n’existe que dans mes fantasmes. Je n’ai pas touché mes notes, mes bribes, mes chapitres en vrac depuis des années. Et plus le temps passe, plus j’ai peur et me trouve des excuses pour ne pas m’y mettre :

« Je n’ai pas le temps » : C’était vrai souvent, entre le boulot et la vie quotidienne, les soucis, les tensions, les corvées, les ados, difficile de trouver une place. Justement, la vie de Monsieur et Madame Tout le Monde dont nous nous moquions tant ne nous a pas épargnée. Et puis on écrit pas en claquant des doigts quand on le décide, il faut laisser venir l’écriture, la sentir… Je vois mon homme parfois ne pas peindre, parfois ne faire que ça … Pour s’y mettre, je pense qu’il faut que cela devienne plus fort que tout.

« Je n’y arriverai jamais » : des notes partout en vrac, des chapitres qui ont déjà une certaine structure, d’autres qui ne ressemblent à rien, d’autres qui ne sont pas encore écrits… Un début, un milieu pas assez étoffé et pas de fin. Le boulot me semble tellement titanesque que ne pas le toucher me parait encore la meilleure solution que j’ai trouvé.

« Je suis nulle » : No comment. C’est pas demain que j’aurai confiance en moi.

« Tout le monde le fait » : aujourd’hui, tout le monde écrit ou presque. Du bon ou du moins bon, je ne me prétendrai pas juge en la matière, mais en tout cas, nombreux sont les gens qui écrivent et je trouve ça prétentieux de ma part d’en être moi aussi capable et pire, de me croire douée pour ça. Pour écrire, encore faudrait-il avoir du talent.

« J’ai peur » : je crois que c’est là la seule et véritable excuse, je suis terrifiée à l’idée d’écrire. Peur d’écrire et peur d’être lue. Peur d’écrire de la merde et d’en être satisfaite. Peur que les gens que j’aime me disent que c’est bon alors que ça ne l’est pas. Peur de montrer cette part noire de moi-même. Peur de me censurer dans mes propos pour ne pas surprendre ou blesser. Peur de mettre mes tripes sur le papier et de me planter.

Depuis que je ne travaille pas, je suis seule à la maison 2 jours par semaine. Aujourd’hui par exemple, je suis seule jusqu’à tard ce soir. J’aurais tout le temps et la tranquillité d’esprit pour m’y mettre, qu’est ce qui m’en empêche ?

Cette semaine, je me suis même aménagée une pièce de la maison rien qu’à moi : un bureau avec une bibliothèque qui serait le lieu parfait pour écrire.

Et pourtant, j’ai préféré une activité hautement plus productive : la sieste.

Puis, j’ai préféré encore me trouver des excuses, des échappatoires, des occupations inutiles comme par exemple celle d’écrire un article sur mon incapacité à écrire plutôt que d’écrire vraiment.

Les rêves ne sont-ils pas censé être des moteurs et nous transcender pour nous pousser à les accomplir ?
Les rêves que l’on ne sait pas mener à bien, qui nous servent de témoin de notre incapacité à faire les choses et qui nous confortent dans notre manque de confiance ne devraient-ils pas être abandonnés ?

Tout le monde n’a pas la capacité d’écrire et visiblement, je fais partie de ces gens qui ne l’ont pas.
Si j’avais réellement ça au fond de moi, dans mon âme, je ne me poserais même pas la question.

J’écrirais, c’est tout.

Je ne sais plus s’il faut renoncer et abandonner l’idée, la laisser tomber et passer à autre chose.
Ou s’il suffit juste de s’y mettre.

Publicités