Au revoir et merci pour tout …

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Plus de la moitié d’une année est passée depuis cet article où je me plaignais de la difficulté, après 9 mois sans avoir travaillé, de reprendre le rythme.

Lorsque j’avais passé l’entretien d’embauche, je me souviens combien ils m’avaient déplu, ces bureaux collés les uns aux autres, cette petite pièce éclairée par une lumière blafarde, dans ce quartier à l’odeur atroce où certains se piquent aux yeux de tous, laissant même leurs seringues devant notre porte.

Je me souviens m’être dit que ce n’était pas pour moi mais que bon, il fallait bien bosser. J’ai passé cet entretien digne d’un interrogatoire de la Gestapo, pas du tout à l’aise, en ayant l’impression de dire n’importe quoi et d’avoir l’air aussi cruche que Nabila devant un dictionnaire.

J’étais la première surprise quand j’ai reçu ce coup de fil un vendredi soir pour me dire que c’était moi qu’ils avaient choisi et que je commençais lundi.

Je n’en avais pas du tout envie mais il le fallait et j’y suis allée.

Le premier mois a été terriblement dur. Dur de s’habituer, dur de reprendre le rythme, dur d’être dans ce tourbillon du metro-boulot-dodo, dur de remettre son cerveau en marche, dur de se concentrer des heures durant, dur d’assimiler tellement de nouvelles choses…

Quand je confiais mon désarroi et ma peur de ne pas y arriver à Chéri le soir en rentrant, il me disait que si j’étais si mal, je ne devais pas continuer, que rien ne m’obligeait à y aller, qu’on se débrouillerait toujours… Mais je ne pouvais pas imaginer démissionner au bout d’un mois, ça aurait été ridicule, et puis c’est quand même pas négligeable un deuxième salaire, ça permettrait de compter un peu moins, d’avoir un peu moins de culpabilité quand je voudrais quelque chose pour moi, de se faire plaisir de temps en temps …

Bon gré, mal gré, je me suis accrochée.
Et tout à coup, 7 mois ont passé sans que je m’en rende compte.

Ce travail est devenu le mien. J’en maitrise toutes les ficelles. Me voilà comme un poisson dans l’eau. Les filles du travail sont devenues des copines qui en savent plus sur moi que mes propres amies. Forcément, passer 7h par jour, 5 jours par semaine, avec des gens crée un lien et une proximité inégalable.

Pendant ces 7 mois, on s’est confié des choses, des joies, des peines, les disputes qui ont eues lieu la veille au soir et qu’on a encore en travers de la gorge, les soucis avec les parents ou les grands-parents qui vieillissent, les enfants qui tombent malades ou qui ne dorment pas, ce dossier qui nous pose des problèmes et qu’on ne sait pas par quel bout prendre, la chef qui nous casse les pieds

On a fait des grimaces quand on a décroché et que notre chef nous appelait de Paris, on a fait des concours pour savoir qui l’imitait le mieux, on s’est crée des codes rien qu’à nous, on s’est piqué des colères et des fous rires à se tordre le ventre, on a passé des heures à bosser comme des acharnées ou bien à ne rien glander pendant des après-midi entières, on a parlé coiffure et vernis à ongles, on a parlé dossier important à rendre pour demain, on a parlé de ces kilos qu’on a toujours en trop et du budget du second semestre à boucler avant le soir…

Et puis tout à coup, il est temps de se dire au revoir.

C’était le deal de départ. Remplacer une collègue partie en congés maternité jusqu’à son retour. Au fil des mois, j’ai eu tendance à oublier que ce n’était pas mon travail mais le sien.

Alors j’ai envoyé des mails à la direction, j’en ai parlé au téléphone et en entretien avec mes responsables : je serais ravie de rester encore, sur d’autres fonctions ou d’autres missions.

Mais ce n’était, je cite, « pas d’actualité dans le contexte actuel. On verra plus tard, après la réforme qui doit avoir lieu en septembre. Mais en tout cas, merci pour tout, on a énormément apprécié ton professionnalisme, c’était super de bosser avec toi. On pensera tout de suite à toi en cas de recrutement ». 

Ouais ok. Super.

Vendredi, après un petit déjeuner avec une partie de l’équipe, j’ai reçu des mails d’au revoir, des visites pour me faire la bise, mais malgré tout, j’avais du mal à réaliser que c’était mon dernier jour. 

Les filles étaient aussi contentes de retrouver leur collègue que tristes de me quitter.

En fin d’aprem, elles ont profité que je m’absente 2 minutes de mon bureau pour poser des cadeaux parfaits qui me correspondent à 100%, ce qui  montre bien à quel point en 7 mois, on a appris à se connaitre par coeur : le yoga des paresseuses, un mug et une boule à thé magnifique, du chocolat et un gel douche The body Shop aux fleurs de cerisier. Que des trucs que j’aurais pu m’acheter moi même tellement ils me ressemblent.

C’est là que j’ai versé ma petite larme et quand on s’est dit Au revoir, j’ai compris que je ne partais pas en week end ou en vacances mais que je ne reviendrais plus jamais. 

Leur peine, tout comme la mienne, était sincère mais je sais que la vie va reprendre son cours. On se verra sans doute de temps en temps, elles me raconteront les ragots et les dernières anecdotes mais je ne serais plus vraiment dans le coup ni concernée par la chose … Je retrouverai sans doute un autre travail et petit à petit, on va s’éloigner… C’est ainsi, c’est la dure loi de la vie. Rien n’est immuable.

Vendredi, une page s’est donc tournée pour moi, une sacrée belle page laissant la place à une nouvelle qui, qui sait, sera peut être encore plus belle.

 

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