Face au miroir

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Je suis une ex-grosse.

Adolescente, j’ai toujours été un peu rondelette car ultra-gourmande et surtout portée sur les sucreries et cochonneries en tout genre. Quand j’ai quitté la maison familiale à 20 ans, ça a été la cata… Me nourrissant exclusivement de pâtes au beurre et au gruyère et de pain de mie au Nutella / Chantilly pour le gouter, j’ai enflé à vue d’oeil jusqu’à atteindre 85 kg. Pour 1m76, ça fait pas mal.

Quand je revois les photos de l’époque, je me rends compte que j’étais vraiment grosse.

Mais paradoxalement, j’étais bien dans ma peau et jamais je ne me suis posée de questions sur mon poids, sauf peut être dans la cabine d’essayage où  parfois même le 46 m’allait juste.

Ensuite, une rupture, un déménagement et un nouveau boulot très prenant ont fait que, d’une manière tout à fait naturelle et non calculée, j’ai perdu 10 kg sans m’en rendre compte et sans aucune sensation de privation en un été. Je me suis stabilisée pendant un an, et l’été suivant, idem, j’ai refondu de 10 kg les doigts dans le nez.

Résultat : – 20 kg, une taille 38/40 et un corps « bien comme il faut » (je mets le terme volontairement entre guillemets bien sur) le tout sans régime, juste en assainissant mon alimentation.

Bizarrement, c’est là que l’engrenage a commencé.

Si je ne m’étais jamais posé aucune question sur la nourriture, elle est devenue alors une véritable obsession. Par peur de regrossir et de reprendre tout le poids perdu, je me suis mise à compter les calories (je suis devenue incollable et pourrais vous citer l’apport nutritif de n’importe quel aliment), à me priver, à angoisser dès que je mangeais un truc gras, à me prétendre végétarienne uniquement parce que je trouvais la viande trop grasse, à faire du sport de manière frénétique dès que j’avais un peu profité, à avoir en horreur tout ce qui n’était pas un temps soit peu diététiquement correct, à angoisser dès qu’il fallait manger à l’extérieur car je ne pouvais pas maitriser ce qu’il y avait dans mon assiette … Je voulais perdre du poids, encore plus, toujours plus, peu importe le prix.

Mais qui dit privation dit craquage. Et effectivement, ils sont arrivés nombreux.
Je me suis mise à faire de l’hyperphagie. En gros, après avoir mangé mes courgettes vapeur au tofu ou ma salade sans vinaigrette, j’étais capable de faire toutes les boulangeries de la ville pour me taper un croissant qui ne me satisfaisait pas, donc j’allais dans une autre boulangerie prendre autre chose, puis une autre, encore une autre etc etc … jusqu’à avoir mal au ventre et me dégouter. Comme si le lendemain, il y allait avoir la guerre et que nous allions entrer dans une période de privation et de rationnement.

J’essayais alors de me faire vomir mais comme je n’y arrivais pas, je compensais ensuite en ne mangeant pas pendant quelques temps, voire des jours entiers si j’estimais que j’avais vraiment abusé. Privation donc craquage, craquage donc privation etc etc … Cercle infernal.

J’ai des tas d’anecdotes en tête, comme par exemple un jour alors que je conduisais en voiture, j’ai été obligée de jeter la bouffe par la fenêtre pour arrêter de m’empiffrer juste avant d’aller manger avec un copain. Pour faire comme si de rien n’était, j’ai remangé au resto, le coeur au bord des lèvres.

Ou ce jour à la maison, où la tête dans les toilettes et les doigts dans la gorge, j’essaie de faire sortir sans succès la tarte aux pommes entière que je venais d’ingurgiter, jusqu’à en avoir la gorge en feu.

Ou encore ce jour d’été où après une crise, enfermée dans mon bureau avec le ventre douloureux, la nausée, et surtout ce sentiment de n’être qu’une grosse merde, un collègue est venu me chercher parce qu’il avait acheté des magnums et qu’il voulait les partager avec moi. Il n’a pas compris que je lui dise non. Il a insisté. Il a pris ça pour une excuse bidon. Un régime de gonzesse. Comment pouvait-il savoir que je venais de me taper une semaine entière de calories en 10 minutes ? Quand il est reparti en fermant la porte de mon bureau, j’ai pleuré. Je me suis rarement sentie aussi seule et mal.

Mais j’étais mince et tout le monde me félicitait de cette perte de poids EXTRAORDINAIRE.

« Bravo Laurie, c’est super! Comment tu as fait ? Tu es tellement mieux comme ça!« 

Mieux ? Ouais …
Ou pas.

Ce qui m’a sauvé de cet égrenage infernal, c’est la découverte du blog de Caroline où elle raconte son expérience avec le docteur Zermati. Je me suis mise à lire ses livres et comme je me suis tout de suite reconnue dans ses propos, j’ai essayé la méthode. J’ai découvert qu’aucun aliment ne faisait grossir. Il fallait juste appliquer 2 principes de bases : manger en ayant faim et s’arrêter quand on a plus faim. (c’est un GROS GROS résumé de la méthode bien sur)

Ca a été une véritable révélation pour moi qui avait diabolisé tous les aliments gras et qui avait perdu toute sensation depuis bien longtemps.

Si j’ai refait quelques « crises » malgré tout, j’ai retrouvé peu à peu une relation plus saine avec la nourriture.
Aujourd’hui, ces « crises » ont complètement disparu. Je ne me prive de rien (comme vous avez pu le voir!) mais jamais en excès, où s’il m’arrive d’en faire, je compense naturellement le(s) repas suivant(s). J’attends que mon corps s’en soit remis. Naturellement.

Je ne fais jamais de régime et n’en ferai plus jamais.

Avec cette méthode, j’ai repris quelques kilos et quelques rondeurs car j’étais en fait en dessous de mon poids d’équilibre et essayait de me maintenir à un poids qui n’était pas le mien. Une lutte acharnée et un combat perdu d’avance en quelque sorte.

Mais, la grande victoire c’est que je ne suis plus angoissée face à la nourriture. J’ai appris à l’aimer, à la maitriser, à m’en faire une amie plutôt qu’une ennemie. A ne plus jamais culpabiliser face à une assiette de pâtes, un burger, où même une raclette.

Par contre, je garde toujours un regard très critique envers mon corps. Je ne l’aime pas. (Je vous en avais d’ailleurs touché deux mots dans cet article)

Surtout depuis cet hiver où j’ai repris 2 minuscules kilos, je l’aime encore moins.

Aujourd’hui avant de prendre ma douche, je me suis obligée à me regarder nue dans le miroir. La lumière du jour n’épargnait aucun défaut. Oui, j’ai des hanches et de la cellulite, mon ventre n’est pas toujours très plat, mes seins ne sont plus aussi ferme qu’à 20 ans, je pourrais être plus jolie et plus mince.

Mais à quoi ça sert de courir toute sa vie après un idéal de magazine qui n’existe que grâce à Photoshop ? A quoi ça sert de se gâcher la vie ? De se comparer à l’impossible ? On a pas assez de problèmes dans la vie pour s’en créer de fictifs ?

Aujourd’hui, j’ai compris. Je me suis regardé encore et tout à coup, j’ai eu de la tendresse pour ce corps qui est le mien. Le chemin est encore long pour arriver à m’aimer mais c’est moi, je suis comme ça, c’est ainsi. Avec mes hanches de méditerranéenne et tout le toutim.

Ca pourrait être mieux … mais ça pourrait aussi être pire.

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