Le monde impitoyable de l’entreprise

P1010484Lorsque j’ai été embauchée il y a un mois tout pile, nous étions 2 nouvelles dans le même service, arrivées avec à peine 3 jours d’intervalle.

Pour mes 2 collègues, qui avaient pourtant demandé que nos arrivées soient plus éloignées l’un de l’autre, ça a été très difficile de former 2 personnes en même temps pour 2 postes différents.

Elles ont passé beaucoup de temps avec nous, une personne avec moi et une autre personne avec Nathalie, l’autre nouvelle.

Si les premiers jours ont été pour moi aussi atroces que de tenter de survivre en immersion dans la jungle amazonienne, les choses se sont éclaircies petit à petit. Jour après jour, puis semaine après semaine, j’ai eu l’impression d’être de plus en plus à l’aise et de saisir de mieux en mieux ce qu’on attendait de moi. Qui plus est, de m’en sentir tout à fait capable et motivée pour le faire.

Je décompressais, je me sentais bien. Et cerise sur le gâteau, il me semble avoir réussi à bien m’intégrer dans l’équipe et me suis sentie rapidement adoptée. Des nanas de mon âge, sympas, rigolotes… Bosser dans une ambiance comme celle là est un luxe et j’y vais de plus en plus volontiers.

Pour Nathalie par contre, les collègues ont vite senti que les choses ne se passeraient pas aussi bien. Et, malgré ma maigre expérience, j’étais eu fond de moi convaincue qu’elles avaient raison et j’ai vu assez rapidement que ça ne collerait pas à son poste.

Une histoire de personnalité, de comportement, de curiosité qu’elle n’avait pas, de questions qu’elle ne posait jamais, cette manière de se plaindre qu’elle allait avoir beaucoup trop à faire alors que de toute évidence, ce n’était pas le cas, son attitude renfermée et mal à l’aise avec le public alors même qu’elle était embauchée pour tenir l’accueil, son sourire qu’elle n’avait jamais …

Un écart à commencer à se creuser entre l’équipe, moi et Nathalie.

Les responsables de l’entreprise étant à Paris, ce sont les filles qui ont du donner leur avis sur nous. Ils leur demandaient régulièrement de nous évaluer et connaitre leur retour sur ces deux nouvelles embauches.

Si je sais que leur retours sur moi étaient positifs, je sais aussi qu’elles émettaient plus de réserve sur Nathalie. Ca a provoqué de longs, très longs débats et de longues discussions au bureau… Certains disant qu’il fallait peut être plus de temps, d’autres disant que ça faisait déjà un mois, mais tous étant catégoriques sur le fait que ça n’allait pas. Mais que faire ? Ne rien dire n’était pas possible, dire que tout allait bien encore moins, et dire que ça n’allait pas revenait à signer son renvoi.

Une situation pas évidente. Un dilemme cornélien.

Nathalie a été convoquée à Paris pour une évaluation et vendredi, soit le dernier jour de sa période d’essai, le couperet : les responsables Parisiens avaient choisis de ne pas la garder.

En un coup de fil, 10 minutes avant de partir, elle a appris qu’il n’était pas nécessaire qu’elle revienne la semaine prochaine.

Elle est venue nous dire au revoir avec un mélange de tristesse et de hargne, sachant très bien que c’était la « faute » des collègues qui avaient fait un retour mitigée sur elle.

Je me suis sentie très mal. Coupable d’être face à cette fille arrivée en même temps que moi mais aujourd’hui dans une situation totalement différente.  On est parties avec les mêmes cartes alors pourquoi elle et pas moi ? Je n’ai rien eu de plus ou de moins, alors pourquoi c’est sa tête qui tombe aujourd’hui et pas la mienne ?

Elle est partie en claquant la porte, sans nous faire la bise et se traitant elle même de « catastrophe ambulante » et son désarroi m’a bouleversée.

On s’est regardés avec les filles, choquées de la manière dont tout ça s’est passé, abasourdie de la rapidité et complètement chamboulées d’être finalement « la cause » de tout ça.

Je n’ai pas arrêté de penser à Nathalie depuis. Je l’imagine rentrer chez elle en larmes. Dépitée de reprendre le chemin de Pôle Emploi, des CV, des entretiens d’embauche…
Je sais que si ça avait été moi, Chéri m’aurait accueilli à bras ouverts. Il aurait dit que c’était tous des cons et qu’ils ne méritaient que d‘aller se faire foutre. Il m’aurait serrée très fort et on les aurait tous critiqué un par un en riant…  On aurait passé une bonne soirée quand même et la vie aurait repris son cours …

Mais elle ? Comment son mari a-t-il pris la chose ? Ses enfants ? Qu’a-t-elle pensé d’elle même en se regardant dans le miroir le soir ? Comment se remettre d’une telle claque dans son amour-propre et avoir de nouveau confiance en soi ?

J’ai détesté cette journée et son épilogue.
J’ai détesté être au milieu de tout ça.
J’ai détesté être cette personne qui regarde une autre partir et qui ne trouve pas les bons mots de réconfort.
J’ai detesté ce monde où il faut être performant tout de suite sinon on te remercie sans aucun remord et un autre prend ta place.
J’ai détesté ce monde impitoyable de l’entreprise.

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