190 000 000 € (et peut être même plus)

IMG_3437L’autre jour à table, on parlait de tout et de rien quand Chéri a dit que la vieille quelqu’un avait remporté le jackpot à l’EuroMillion.

190 millions d’euros. Record absolu des gains. Une somme tellement grosse qu’elle en devient irréelle. Le truc de dingue dont tout le monde rêve.

Tout en mangeant notre salade verte, on s’est amusés à dire ce qu’on ferait en premier si c’était nous qui avions gagné (originalité de la discussion, bonjour).

La première chose qui m’est venue en tête c’est : racheter la maison de mon enfance.

Ce qui, quand tu as 190 millions sur le compte, n’équivaut même pas à acheter une demi-baguette de pain de chez Lidl pour un salarié normal.

Pourtant, c’est ce qui m’est venu en premier. Pas de grosse voiture, pas de voyage aux Maldives, peut être une bonne razzia chez Naf Naf, ok, mais pas de bling-bling, surtout pas de bling-bling.

Et puis avant tout … cette maison de village, qui me manque terriblement depuis qu’elle a été vendue. Ses murs. Son odeur. Son jardin. Et tout ce qu’on a vécu dedans.

Je ne sais pas pourquoi mais un souvenir m’est tout de suite revenu en mémoire.

Je me suis souvenue d’un jour où mon père, qui était un grand amateur de mots  croisés, et arrivé avec son journal sous le bras. Il avait un grand sourire et ses yeux pétillaient. Tout excité, il m’a tendu le journal et m’a dit  « vas y regarde dans la liste!!« . J’ai vu notre nom. Il avait participé à un jeu concours dans le numéro précédent et il avait été tiré au sort pour gagner un ordinateur portable.

Le truc de folie à l’époque. Inaccessible pour nous.

On est bien loin du jackpot du loto mais on était heureux comme des rois.

Mon père, lui il s’en foutait des 190 millions d’euros, tout ce qu’il voulait c’était qu’on soit heureuses et qu’on ait toujours à manger, à boire, qu’on ait des vêtements propres, qu’on aille au cinéma de temps en temps et qu’on parte en vacances …

Je suis tellement fière de la simplicité dans laquelle j’ai été élevée.

On a toujours eu tout ce qu’il fallait mais on a jamais eu trop.
J’aimais cette maison un peu destroy, perpétuellement en travaux, les murs abimés sur lesquels on avait eu le droit d’écrire juste avant de les refaire, la cuisine délocalisée dans le garage pendant que la vraie était en tain d’être refaite, la vaisselle à l’eau froide pendant des mois, les vieux fauteuils pourris et le clic-clac que nous avions avant d’avoir un vrai canapé, les portes qui ne fermaient pas à clé, les draps qui séchaient au fond du jardin et les plats qui mijotaient… Une maison qui sentait l’amour…

J’ai la nostalgie de ce lieu. La nostalgie de cette époque.

Je me souviens de mon père dans le métro. Il rentrait du travail, l’échine courbée par 40 ans de labeur à l’usine mais dont, pas une seule fois, il ne s’est plaint devant nous.

J’étais une petite conne d’ado. Comme il ne m’avait pas vue, je m’étais planquée à l’autre bout de la rame parce que je n’avais pas envie de faire le trajet avec lui.

On ne sait pas à quel point on est stupide parfois.

Je rêve de réécrire l’histoire, de me lever et d’aller le serrer très fort en lui disant Merci.

Merci Papa. Merci pour tout ce que tu as fait pour nous. Merci pour tout ton amour. Moi aussi je m’en fous de l’EuroMillion parce que ton héritage, toutes les valeurs que tu m’as transmises avant de partir, ça vaut beaucoup plus que 190 millions d’euros.

Grâce à toi, je suis immensément riche.

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