Rentrer dans le moule

IMG_0188Voilà 9 mois que je n’avais pas travaillé.
9 mois que j’avais dit adieu à ce travail qui ne me plaisait plus et que j’avais choisi de quitter volontairement.
Depuis Janvier, il y a eu des jours plus remplis que d’autres… Des jours avec et des jours sans… Des jours très intenses et des jours où il ne se passait rien d’autre qu’une agréable routine…

Pourtant, depuis 9 mois, il n’y en a pas eu un seul où je me suis ennuyée.

Je savais que ça n’était que provisoire parce que j’avais beau avoir un petit peu d’argent de côté qui me permettait de tenir quelques mois, ça ne pouvait pas durer. Les derniers temps, l’argent était devenu une source de tension.

Quand il sort mais ne rentre jamais, il y a forcément un moment où la sonnette d’alarme retentit.

Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir plus profité de ce répit …
Je regrette de ne pas avoir vécu chaque jour dans la pleine conscience de cette chance inouïe qui était mienne à ce moment là de ma vie.

La chance de ne pas avoir à se lever, se préparer en catastrophe, attendre le bus, être dans les embouteillages, puis être collée à des étrangers qui transpirent dans le métro, être enfermée dans un bureau éclairé au néon du matin au soir et ne pas sentir l’air de dehors …

Mes premiers jours de travail sont intenses. Il y a énormément de choses à assimiler, à comprendre, à s’approprier. Je ne vois pas la journée passer et je reste souvent plus tard que l’horaire normal. La personne que je remplace est avec moi toute la journée pour me former et m’abreuve d’informations. Elle adore son travail et, même enceinte de 7 mois et demi, elle reste volontairement toujours bien plus que ce qu’elle ne devrait. Même si le travail en lui même n’est pas déplaisant, je ne suis pas sûre d’être prête à m’investir autant qu’elle, surtout pour un CDD de 6 mois.

Il y a encore 15 jours, j’avais le temps et j’aimais avoir le temps. Les jours n’avaient pas de signification particulière. Les dimanches n’avaient pas de goût particulier et le vendredi était un jour comme un autre. Aujourd’hui, les jours rythment ma vie.

Mais est-ce vraiment ça, ma vie ?

Bien sur que non…. Je n’ai jamais été et ne serai jamais une working-girl à l’ambition démesurée pour qui la carrière passe avant tout.

Mais a-t-on vraiment le choix de ne pas se conformer dans une société telle que la notre ?

Aujourd’hui, il faut faire vite. Je suis pressée. Je n’ai pas le temps. Je suis stressée par les horaires. Je marche vite dans les couloirs du métro. J’ai un badge, une carte de cantine, une adresse mail @supergrandeentreprise.fr. Je parle en abréviation et en jargon professionnel. Je suis une parmi 160 000 salariés. Je pars en déplacement à Paris. J’ai des réunions qui ne m’intéressent pas toujours et pendant lesquelles j’essaie de bailler le plus discrètement possible. Je suis fatiguée. J’attends le week-end pour me reposer. Je ne me repose pas le week-end car il y a 100 000 choses à faire avant de reprendre le boulot lundi. Je suis incapable de lire le soir dans mon lit. J’ai envie de m’abrutir devant la télé et regarder des débilités. Je fais des trucs de merde à manger du moment que c’est vite fait. Je prends ma douche en 5 minutes. J’ai pas le temps de m’épiler les sourcils ou de me faire les ongles. Je mets des vêtements froissés parce que j’ai une flemme intersidérale quand il s’agit de repasser. Je suis heureuse le vendredi après-midi et fais la tronche le lundi matin. J’ai le blues du dimanche soir.

Bref, je suis rentrée dans le moule.

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