Complexe(s)

P1010779Dans la (très) longue liste de mes complexes, entre la cellulite sur mes cuisses, mes tâches de soleil, mes cheveux jamais assez beaux, mes seins trop petits, mon léger double menton quand je penche la tête, mes cernes de panda, mes hanches de mama italienne, mes poils de yéti et mes kilos toujours en trop (attends, je crois que j’en ai oublié … ), il y avait mes dents.

Ou plus précisément une dent que j’avais perdu lors d’un accident à l’âge de 7 ans.

Un accident stupide, comme tous les accidents, la vieille de ma rentrée scolaire en CE1. Je descendais un toboggan sur le ventre à Aqualand quand un enfant m’a sauté sur la tête. Bim. Paie ta rentrée scolaire à l’hôpital et adieu ma dent de devant.

Parfois, il m’arrive de repenser à cet accident et à ce garçon, aujourd’hui un homme de mon âge qui ne se rappelle probablement même pas d’avoir sauté sur la tête d’une petite fille, à la fin de l’été 1989, et qui est loin de se douter  de tous les tracas, les années d’orthodontie et les complexes qu’il a involontairement provoqué …

Bassement, j’ai longtemps espéré qu’il soit petit, gros et chauve (et geek), mais Mère Nature s’acharnant toujours sur les mêmes personnes, il y a en fait de grandes chances que ce mec soit sexy en diable et gaulé comme un dieu grec.

Pffffff… Connard.

BREF… j’ai eu depuis de multiples appareils ou autres bridges pour masquer et corriger ce défaut mais pas une fois ces solutions alternatives ne m’ont vraiment satisfait au point d’oublier le problème …

Tu te souviens de cette fille super timide et complexée qui s’est trimballé un appareil moche pendant toutes les années-collège et qu’aucun mec ne regardait ? Coucou, c’est moi ! (Ah oui, parce que j’ai oublié de te dire j’avais AUSSI une acnée visiblement très dynamique et inversement proportionnelle à ma popularité (voir ce que je disais plus haut sur Mère nature), 10 bons centimètres de plus que tout le monde  et … comble de l’horreur, de bons résultats scolaires. VADE RETRO SATANAS.)

Pour en revenir à mes dents, puisque c’est de ça dont il s’agit aujourd’hui, n’ayant pas d’autre choix que de l’accepter, je vivais avec. Je n’ai jamais croqué dans une pomme et j’ai tremblé à chaque fois que j’ai mangé un hamburger (et Dieu sait qu’ils ont été nombreux) … Mais finalement le pire, c’est qu’inconsciemment, j’ai appris à ne jamais vraiment sourire.

Parce que j’y pense. Toujours. Et que j’en ai honte.

Alors, il y a un an, j’ai pris les choses en main et j’ai décidé d’y faire quelque chose. Le chantier a été long (et coûteux, mais c’est une autre histoire).

Ca a commencé par une greffe osseuse, dont j’avais parlé ici, et qui m’avait transformé en Igor Bogdanoff pendant une bonne semaine. Puis il y a eu beaucoup (BEAUCOUP) d’autres étapes intermédiaires que je n’ai pas évoqué parce que reloues. (ma dentiste fait partie de notre groupe d’amis, ce qui est assez bizarre quand tu dois te faire charcuter par la nana avec qui tu as bu des coups la veille)(impossible de lui cacher que non, non, promis, tu n’as pas fumé une seule cigarette depuis l’implant (le truc A NE SURTOUT JAMAIS FAIRE sous peine de mépris total de tous les stomatos de l’univers), elle t’a vu).

A chaque étape, c’était un peu galère … Je devais passer chez ma dentiste, puis aller à la clinique à l’autre bout de Marseille, puis retourner chez ma dentiste avant de rentrer chez moi … Bref, ça me prenait la journée dans les embouteillages de la ville, toujours en poireautant quelques heures entre chaque, la bouche anesthésiée et sanguinolente  (je suis la séduction incarnée)

A chaque fois, comme j’avais rarement faim et /ou la possibilité de manger après l’intervention à la clinique, je me suis crée un rituel réconfortant : une halte chez Zumo, pour prendre un Baiser Rouge.
Le Baiser Rouge, c’est un smoothie avec des fruits rouges, du jus d’orange et du yaourt glacé qui tabasse sa race.
Je suis devenue une habituée des lieux et suis persuadée que les mecs de chez Zumo devaient me voir arriver en se disant que la mono-maniaque du Baiser Rouge était encore là et que ma manière de parler était quand même franchement bizarre.

Le smoothie avait toujours l’arrière goût du dentiste, pas super agréable, mais c’était frais et ça apaisait la douleur. Je m’installais sur un banc ou sur une marche, face au Vieux Port, et je me perdais dans mes pensées. J’aimais bien.

La semaine dernière, il y a eu la journée de la presque-dernière étape, celle de la pose de la prothèse.

Le premier essai ayant été loin d’être concluant, c’est une journée que j’attendais la peur au ventre avec la crainte inavouée de ne toujours pas aimer le résultat et d’avoir fait tout ça pour rien.

Elle n’est encore que provisoire pour l’instant, il y a encore quelques petits ajustements esthétiques de rien du tout à faire mais, déjà, pour la première fois depuis longtemps, j’ai aimé ce que j’ai vu dans le miroir.

Je suis sortie de chez le dentiste avec un grand sourire, un vrai, sans arrière pensée. Un sourire que je n’ai pas pu faire depuis l’âge de 7 ans. Un sourire qui n’est presque pas le mien, que je dois réapprendre à faire et à me réapproprier…

J’aurais pu rentrer directement mais j’ai décidé de faire un détour : j’ai acheté un rouge à lèvres rouge vif (pute?) que je n’ai jamais osé mettre jusqu’à présent parce que, forcément, ça attirait l’oeil sur ma bouche.
Puis, je suis allée chez Zumo prendre un autre Baiser Rouge.

Cette fois, il avait le goût d’un complexe vieux de 25 ans presque oublié.

Publicités