Eux et moi …

photoJe vous disais dans le billet précédent à quel point j’ai aimé le mois de juillet et cette fois, ça y est, il est bel est bien fini.

Preuve en est que dès le 31 au soir, les ados sont rentrés à la maison, armés de leur balluchon. A présent, nous sommes quatre. Nous sommes redevenus une famille recomposée. J’ai eu presque tendance à oublier pendant ce mois que nous n’étions pas qu’un couple. Oublier qu’avant d’être mon homme, il était un père.

Le jour de leur retour, j’ai été tendue, un peu sur les nerfs, sans trop savoir expliquer pourquoi. Ou plutôt sans trop pouvoir expliquer pourquoi. Difficile d’expliquer à un père que l’on redoute un peu l’arrivée de ses enfants. De lui dire à quel point tous les deux c’était bien sans passer pour une égoïste qui voudrait les éliminer pour l’avoir pour moi toute seule.
Evidemment, c’est même pas ça. C’est plus compliqué que ça.

Une mère a le droit de crier son ras-le-bol, d’avoir des coups de blues, de dire « je n’en peux plus, ils me tapent sur les nerfs ! ». Rien de plus normal. Une belle mère n’en a pas le droit. Parce que tout de suite, on s’imagine qu’elle ne les aime pas.
Jamais personne ne remettra en doute l’amour d’une mère pour ses enfants alors que d’une belle-mère, si. Dès qu’elle se plaint, elle est taxée de tous les maux.

Les enfants sont gentils avec moi, ils sont grands et autonomes. Quand ils sont à la maison, ils font leur vie dans leur chambre, ils ne nous demandent jamais rien. Il n’y a jamais eu de disputes ou de réflexions désobligeantes de leur part. Je sais qu’eux aussi ont dû prendre sur eux quand leur père m’a imposé au sein du foyer. Du jour au lendemain, ils ont vu débouler une femme qu’ils n’ont pas choisi et qui n’était pas leur mère prendre la place de la leur. J’imagine à quel point ça a du être difficile pour eux.

Alors, si eux y arrivent, pourquoi moi j’ai du mal parfois ? C’est pas moi qui suis censée être l’adulte dans cette histoire ? Pourquoi c’est si compliqué ?

Je prends beaucoup sur moi pour accepter une éducation que je n’ai pas choisie et avec laquelle je ne suis pas toujours d’accord. Je fais avec. Parfois, je me dis que jamais je n’aurai accepté telle ou telle chose en tant que mère. Mais peut-être est ce aussi parce que je n’ai jamais eu à renoncer à certains de mes principes d’éducation et à les confronter à la réalité.

Etre une belle mère, c’est faire le même boulot qu’une mère sans en avoir les avantages, si je puis dire.
J’estime peut être à tort faire beaucoup pour eux. Je fais leur vaisselle, le ménage dans les chambres, je range, je ramasse les chaussettes et le linge sale, je lave et je plie…  Je me creuse la tête pour les repas, pour qu’ils aient toujours quelque chose qu’ils aiment et qui soit un temps soit peu équilibré et varié. Je m’intéresse aux histoires du collège, aux profs, aux contrôles et aux notes. Je regarde des séries ou des films qui ne me plaisent pas pour leur faire plaisir et partager quelque chose avec eux. Je me fais du souci quand ils ont des problèmes ou qu’ils ne rentrent pas à l’heure…. Comme une mère.

Mais tout ça sans jamais rien en retour. Un collier de nouilles ou un pot à crayon. Un merci. Un geste tendre. Une attention. Un bon côté. L’ombre d’une reconnaissance.
Peut être qu’ils voient et qu’ils enregistrent sans rien dire.
Peut être pas.

Qu’il est difficile d’élever des enfants, encore plus quand ce ne sont pas les siens.

Ca me fait mal de savoir avec clairvoyance que ma relation avec eux ne sera jamais idéale. Que je ne leur manquerai jamais. Qu’ils ne chercheront jamais à faire des choses avec moi. Qu’ils ne feront jamais rien pour moi. Que le jour de mon anniversaire, j’aurai droit à un « bon anniversaire » marmoné sans sourire alors que la veille ils auront acheté des fleurs et un cadeau pour celui de leur mère. Que ce n’est pas moi qu’ils appelleront un jour pour un conseil, un avis, une décision à prendre.

Parfois, j’aurai aimé que ce soit des filles et non des garçons parce que j’imagine surement à tort une relation plus complice et plus dans le partage.
Parfois, j’aurai aimé les connaître plus jeunes pour qu’une complicité se noue d’années en années avant cette période ingrate qu’est l’adolescence, pour leur apprendre à faire des gâteaux au yaourt pour le goûter, pour les emmener au parc et pour oser les gestes tendres que je ne peux pas avoir envers des ados. J’aurai aimé mais ce n’est pas le cas. Peut être que ça aurait été pire. Peut être que ça aurait été mieux. Personne ne le saura jamais.

Alors parfois je craque, comme une mère. Je pleure un bon coup, j’imagine tout foutre en l’air et partir très très loin.

Et puis, tout à coup : un instant de grâce.
Un repas qui s’éternise. Un repas où l’on parle. Où l’on rit. Un moment où tout le monde est détendu et souriant. Un moment de complicité que l’on prolonge par un film ou une émission débile à la télé que l’on regarde en critiquant. Une soirée où l’on se couche plus léger, sans tension.

Alors juste avant de fermer les yeux, je me dis que c’est ma famille, malgré tout. Ma famille de coeur, celle que j’ai choisi.
Et même si elle a des milliers de défauts, des fêlures et des bosses, je n’en voudrais pas d’une autre.
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