Evidence

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C’est une histoire qui a commencé alors qu’une autre se finissait.
Pas très honnête diront certains. Carrément dégueulasse diront les autres.

Il y a deux ans, j’étais en couple alors que je détestais cette notion.
Se tenir la main dans la rue ? Pas question.
Faire un seul bagage quand on part en week-end ? Pas pour moi.
Se donner des surnoms ridicules qui dégoulinent de miel ? No way.
Le quotidien ? Un tue-l’amour.
Devenir « nous » plutôt que « je » ? Affligeant.

J’avais connu trop d’histoires. Des belles. Des moins belles. Des qui finissent mal. Des sordides. Je m’étais heurtée à tant de murs que je m’étais abîmée.
Alors je m’étais rangée, comme on dit.
En couple depuis plusieurs années… Bientôt nous allions avoir une maison, des enfants, un labrador.
Une vie toute tracée avec un homme parfait à qui je n’avais absolument rien à reprocher.

J’essayais de rentrer tant bien que mal dans ce moule que je m’étais moi-même imposé tout en sachant qu’il ne me convenait pas.
Pas le bon endroit, le bon moment, la bonne personne.

Paradoxalement, même si je souffrais, l’idée d’en sortir me terrifiait. Toujours à cause de ce manque de confiance terrible qui me faisait douter en permanence… De toute façon, comment pourrais-je me débrouiller toute seule ? Et puis, qui d’autre voudrait de moi ?

Pour moi, l’amour, c’était fini. Le seul homme que j’avais vaguement aimé n’avait pas voulu de moi. Il en avait épousé une autre et 15 jours après son mariage, il avait fait de moi sa maîtresse. Bonjour le sordide. J’avais même pas eu le courage de lui dire non et m’étais précipitée dans son lit. C’est bien la preuve que je n’étais bonne à rien.

J’étais condamnée à rester dans cette situation jusqu’à la fin.
Un couple de façade.
Une mascarade.

Et puis, sans le vouloir, je dirais même en faisant tout le contraire, je l’ai trouvé.
Une rencontre 2.0 sur un site où l’on rencontre tout sauf l’amour.
Ça a commencé par un clic.
Puis un mail de temps en temps.
Puis un par jour.
Puis, 2, 3, 4, 5… 10… 15 par jour.
Puis les SMS. Les coups de fil.

Pendant 2 mois, j’ai vécu comme un robot en pilotage automatique.
Ne penser qu’à ça. Qu’à lui. Jour et nuit. Ne plus dormir. Ne plus manger. Maigrir sans le vouloir. Fumer un paquet de cigarettes par jour. Sentir qu’on est de moins en moins à sa place. Savoir qu’il faut faire quelque chose mais être terrifiée. Ne rire qu’avec lui. Faire la tronche le reste du temps. Les soirées interminables où l’on devait se passer l’un de l’autre. Se languir le lendemain où ses mots attendaient sur ma boite email. Sentir des papillons dans mon ventre à chaque sms. N’être apaisée qu’au son de sa voix. Passer 3h au téléphone. Faire des projets. Ignorer tout le reste. Se dire que c’est de la folie. Ne pas pouvoir faire autrement.

Puis un beau matin au réveil, après une énième nuit sans sommeil, j’ai réussi à dire les mots à celui qui partageait ma vie. Des mots qui font mal et qui ont fait de moi la méchante « Je ne suis plus amoureuse de toi » « Je veux qu’on se sépare » « Maintenant » « Non, arrête, il n’y a plus rien à faire » « tu es parfait, je n’ai rien à te reprocher » « c’est moi qui ne suis pas à ma place« .

J’ai mis toutes les affaires que je pouvais dans le coffre de ma voiture et j’ai fait 500 kilomètres direction le sud.

Quelle folie… on ne s’était encore jamais vus ! En roulant, je me disais : « peu importe ce qu’il adviendra … quand bien même cette histoire ne donne rien, cet homme m’aura au moins donné le courage d’être moi. C’est déjà énorme« 

Le soir même, il était devant mon nouveau chez moi et c’est avec la boule au ventre que je suis sortie.
Tellement certaine de ne pas lui plaire, que la magie allait retomber, que j’allais faire foirer toute l’histoire.
Lui aussi allait préférer une autre, c’est évident.
Une femme plus belle, plus drôle, plus intelligente.
Comment était-ce seulement possible qu’un homme comme lui s’interesse à moi ?

Je suis montée dans sa voiture en tremblant et nos lèvres se sont trouvées toutes seules.
Entre deux baisers, on échangeait des « mon amour » passionnés.
Comme ça.
Naturellement.
Le premier soir.
Parce que c’était simple. C’était évident. C’était lui.
« Ça va trop vite » m’ont dit certains. « Fais attention » « tu vas le regretter »
Oh que non. On a déjà perdu tellement de temps.

C’est là que la notion de « couple » a pris tout son sens. Aujourd’hui, on se lâche rarement la main, sauf quand on est vraiment obligés, j’adore quand on prépare « notre sac » pour partir quelque part et les surnoms qu’on se donne parfois sont tellement ridicules qu’il m’est impossible de les écrire ici même s’ils me font fondre. Aucun autre homme ne m’attire. Je ne peux même pas m’imaginer dans d’autres bras. La solitude que j’affectionnais tant autrefois me semble invivable. Sans lui, tout semble gris.

C’était il y a deux ans.
C’était le premier jour de reste de ma vie.

On a instauré un rituel : chaque année, à notre date d’anniversaire, on se fait des spaghettis, on s’amuse à faire un bilan et à se dire si on repart pour une autre année ou pas.

On a rendez-vous ce soir à 19h30.
J’ai hâte de savoir quelle va être sa réponse.
Moi en tout cas, j’ai déjà choisi la mienne.

« Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais » – Oscar Wilde

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