Cogito ergo sum

penseurEn ce moment, je suis en train de lire « Pensées Secrètes« , un roman de David Lodge.

J’ai découvert cet auteur avec La vie en Sourdine, dont je vous avais parlé il y a quelques mois. Je vous avais également proposé un extrait assez remarquable. J’avais vraiment beaucoup aimé ce bouquin et avais depuis envie de découvrir l’auteur sur un autre roman.

Je vous en parlerai mieux une fois fini bien sûr, mais d’ores et déjà, je dois dire que j’aime beaucoup ce livre, et j’avais envie de vous en proposer un extrait qui m’a particulièrement plu.

Pour planter le décor, le narrateur est un professeur de sciences cognitives et s’adonne à une expérience : laisser libre cours à ses pensées, parler seul haut et fort et enregistrer ses propos sur un dictaphone. C’est ce qu’il est en train de faire dans l’extrait proposé :

« je pense donc je suis » (…)
Sûrement la phrase la plus connue de toute l’histoire de la philosophie. 
Quelle est celle qui vient en deuxième, je me le demande ? 
Mais peut-on affirmer que la pensée est continuelle, inévitable, ou bien comme l’a dit quelqu’un contre Descartes, que tantôt je pense, tantôt je suis… 
Je suis tout simplement sans penser, est-ce possible ? 
On change de verbe… Je suis, tu suis, il ou elle suit, ils suivent … mais penser, est-ce la même chose qu’être conscient, non … 
Il existe une distinction entre la conscience passive, laquelle perçoit, identifie, organise les signaux transmis par les sens, la conscience d’être en vie, en éveil, qui réagit aux stimuli… donc pas réellement passive… mais qui n’élabore pas de pensées cohérentes…
Disons par conséquent qu’il n’y a pas de distinction mais continuum, un continuum entre l’état quasi végétatif, laissons de côté la broussaille, la conscience est étrangère aux plantes même si le prince Charles bavarde volontiers avec les géraniums… 
Posons qu’il y a continuum entre le simple traitement des données fournies par les sens, j’ai chaud, j’ai froid, ça me démange à un bout, et à l’autre la réflexion philosophique abstraite, en passant par tous les degrés d’une infinité de stades intermédiaires.. 
Oui mais il nous est possible de faire les deux simultanément, par exemple, en conduisant une voiture, on peut conduire sans avoir conscience de ce qu’on fait, changer de vitesse, freiner, accélérer etc … de façon tout à fait efficace et sans danger, en réfléchissant à quelque chose de totalement différent, à la conscience, par exemple alors que faut-il en conclure ?

(…) durant un instant, pas plus d’une seconde ou deux, aucune pensée décelable ni message sensoriel, comme on dit j’ai eu un passage à vide, je ne pensais à rien, je ne faisais que « suivre ». 
Donc lorsque soudain le fil de la pensée s’interrompt, se rompt, on « suit » simplement, on passe en quelque sorte par un mode de veille, prêt à penser mais en suspens…

David Lodge – Pensées secrètes (p. 15/16)

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