La journée de la jupe

jupeVoilà déjà quelques temps, j’avais écrit un article sur la jupe mais je voulais le peaufiner un peu avant de le publier.

Puis je l’ai oublié. Carrément oublié dis donc.

Et quand j’ai appris que demain, Vendredi 25 novembre 2010, à l’occasion de la Journée Internationale contre les violences faites aux femmes, l’association Ni Putes ni Soumises lançait une journée « Toutes en Jupe« , ça a fait tilt et je me suis dit qu’aujourd’hui, c’était l’occasion rêvée pour vous parler jupe. 

T’aimes bien mettre des jupes ? Moi oui.

Cela dit, j’en mets pas souvent parce qu’il faut bien le dire, c’est épuisant.

Oui, c’est ça, vous pouvez rire Messieurs, mais c’est pourtant vrai. 
J’ai la chance de pouvoir m’habiller comme je le souhaite mais même en ayant cette liberté, je me rends compte que la jupe n’est pas un vétêment anodin.

Les hommes ne peuvent pas se rendre compte de la fatigue que peut engendrer le port d’une jupe pendant 12 heures dans la vie d’une femme.

La preuve :

7h30 : Devant le dressing 
Rapide check-up : jambes épilées, collants non filés, nouvelle jupe au top, c’est décidé : Aujourd’hui tu te sens d’humeur a te mettre en jupe !

8h00 : Sortie de la maison 
C’est l’heure de partir… Une fois n’est pas coutume, tu te sens super belle et féminine quand tu franchis le seuil de l’appartement. 
Arf, tu n’avais pas vu qu’il y avait du vent. 
Et de la pluie. 
Le trajet jusqu’au métro se fait tel un crabe, de manière à empecher la jupe de s’envoler. Une main devant, une main derrière. La démarche est belle, légère, aérienne…et surtout particulièrement classe.   

08h15 : Sur le quai du métro 
Le métro arrive et tu te rappelles tout à coup des fameux courants d’air du métro. Joie.

08h30 : Dans la rame 
Il y a du monde. C’est l’heure de pointe. A ta gauche, un petit garçon qui se tient à peine au poteau. Au premier coup de frein, ça ne loupe pas, ce sale mioche aux mains gluantes s’agrippe a ta jupe pour éviter de tomber. Résultat, le côté droit est tout froisé, c’est malin. Tu ris jaune mais en fait, dans ta tête, tu insultes ce pauvre enfant de tous les noms.

08h50 : Sortie du métro
Rebellote avec les courants d’air sur le quai et le trajet sous la pluie. Le problème c’est que tu n’as plus qu’une main de libre. La pluie a redoublée d’intensité et tu as été obligée de sortir un parapluie. Manque de bol, une bourrasque qui fait retourner le parapluie et s’envoler ta jupe. Tous les passants connaissent désormais un peu de ton intimité. 

08h55 : Arrivée au bureau
Tu dois faire face aux regards appuyés des collègues masculins, en quête du moment le plus érotique de leur journée, voire du mois… Sache qu’il y a de grandes chances pour qu’ils se demandent si tu as mis des bas ou des collants. Pire : Selon l’ambiance de la boîte (et du niveau intellectuel des employés), ils peuvent peut être même en parler ou lancer des paris entre eux. Beurk. 

08h57 : Arrivée au bureau (bis)
Tu dois également essuyer quelques commentaires de la part de Nadine, l’assistante de Direction et Mireille, de l’acceuil. 
La bonne nouvelle c’est que comme celles-ci auront lieu dans ton dos, il y a peu de chance pour que tu les entendes.  
– Olala, tu as vu, Machine s’est mise en jupe aujourd’hui. 
– Ah oui, et hyper courte en plus. ça m’etonne pas d’elle.
– Ah oui elle a une réunion avec le patron.
– C’est vraiment une S… celle là

C’est vrai que la jupe en question arrive a peine au dessus du genou, ça fait carrement pétasse comme style.

09h00 : Enfin à ton bureau
Profites-en bien, c’est un des rares moments de repris que tu vas avoir de la journée.

10h20 : Pause pipi
Tu vérifies au moins 6 fois que sa jupe n’est pas coincée dans ton collant ou ta culotte, ce qui laisserait entrevoir tes fesses à 90% de la population de la boîte. L’air de rien, ça peut ruiner une carrière (ou la faire progresser mais bon à toi de voir). Tu as beau avoir vérifié 6 fois, au moment de franchir la porte, tu as toujours un doute atroce.

11h15 : Devant la photocopieuse
François, le collègue du service logistique attend derrière toi pour faire sa photocopie. Voilà que tu n’es plus certaine à 100% d’avoir bien vérifié que ta jupe n’était pas coincée dans ton collant en sortant des toilettes. 2 solutions : soit tu restes dans le doute et tu offres peut être une vue panoramique sur ta petite culotte à François soit tu vérifies discretos mais il risque de croire que tu te touches les fesses pour l’allumer. 
Dilemme. 
Tu choisis quand même de toucher discrètement pour vérifier. Ouf, c’est bon.
Coup d’oeil à François qui bave un peu.

11h20 : Devant la photocopieuse (bis)
La photocopieuse fait un bourrage. Ce vil rat d’égoût de François ne propose pas son aide pour essayer de remédier au problème. Au contraire, il prend plaisir à regarder comment une femme s’en sort devant pareil problème. 
Une femme en jupe qui plus est. Ca rajoute du piment à la chose, il ne va surtout pas rater ça.  
On sait jamais des fois qu’on voit un peu de culotte ou le haut d’un bas, il va pas s’en priver.
Il attend le spectacle.  

11h30 : Fin des controsions devant la photocopieuse.
La photocopieuse remarche et aucune culotte ni aucun bas n’a été vue. Un exploit. 
Par contre, tu es rouge et en nage. Mais c’est un autre problème.

12h00 : Pause déjeuner
Tu vas au petit restau au coin de la rue avec quelques collègues. Manque de bol la table est en bois et lorsque tu décroises tes jambes tu files ton collant au niveau de la cuisse. 
Ni Marc de la compta, ni Gérard du personnel n’a de vernis à ongle sur lui, bien entendu. Sans surprise, le trou file et à la vitesse de l’éclair, tu te retrouves avec un magnifique collant filé tout au long de la jambe.

13h50 : Avant de reprendre le boulot
En temps normal, tu aurais le temps d’aller vite fait racheter une paire de collants au Monoprix du coin. 
Malheureusement, y’a réunion supra-importante à 14h et Mr Patron t’a déjà appellé 2 fois pour savoir ce que tu fouttais. Comme si la réunion n’attendait que toi. Genre.

Je passe sur l’après-midi au bureau et sur l’angoisse à chaque pause pipi ou déplacement, le look grunge que te donne le collant filé (look totalement has-been depuis 1991) … et arrive directement au soir.

Juste avant de rentrer chez toi, tu croises cette femme, une voisine probablement, qui malgré la pluie, malgré le vent, malgré les 8h de travail passés elle aussi en jupe, semble fraiche et reposée. Elle ne tient pas sa jupe avec sa main mais comme par magie, elle ne s’envole pas alors que la tienne fait la ola toute seule. Pas de collant filé, pas de stress de savoir si sa jupe est coincée ou pas, ça lui semble juste naturel… En plus, elle te sourit la garce.

Tu rentres chez toi et la haïssant profondement, et littéralement épuisée, tu jures intérieurement que c’est fini, basta, nada, plus de jupe, on ne t’y reprendra plus … Puis tu entends « Bonsoir Chérie, whaou, t’es belle. Elle te va super bien cette jupe« 

Et grâce à ces quelques mots, tu oublies tout.

Le vent, la pluie, François, la photocopieuse, le collant, la réunion….

C’est sûr, la jupe n’est vraiment pas un vétêment anodin. 

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