Le romantisme selon Hofbräuhaus

7Avertissement : toutes mes excuses pour les préssés… ce billet est affreusement long.

La scène se passe à Munich un soir de Juillet 2010

Ils viennent de passer 4 jours dans la capitale Bavaroise et pour leur dernière soirée, ils ont envie de profiter au maximum. Comme tous bons touristes qui se respectent, chaque fois qu’ils voyagent, ils s’équipent du fameux Guide du Routard. Ce réflexe à deux bons cotés : satisfaire la boulimie de guide de voyages de Mme et les renseigner sur les bonnes adresses. 

Et ce soir, à l’hôtel, ils l’épluchent avec l’espoir de trouver un endroit sympa où passer la soirée. Elle pense « petit resto romantique », il imagine la fête de la bière.

18h30 : Guide p 325 : il tombe sur « Hofbräuhaus » : « Une véritable institution à Munich et en Bavière. Probablement la brasserie la plus connue au monde. Créée en 1589, elle accueille chaque année plus de 3 millions de visiteurs ! Contenant 3600 places, elle reçoit près de 30 000 visiteurs les jours de pointe. Presque en permanence et dès 19h, des concerts de musique bavaroise avec les culottes de cuir et les chapeaux à plumes. (…) Une précision avant que vous ne veniez voir ce temple de la bière : les chopes font 1L et on vous en sert une dès que vous êtes assis, sans même que vous ne l’ayez commandée ! »

18h31 : « Putain, ça a l’air trop bien » qu’il lui dit. 
« Euuuuuuh oui mon chéri« . Elle est un peu sceptique, il faut bien le dire. 
Après 4 jours du régime bière/saucisses, elle est à 2 doigts de l’overdose.

18h32 : Elle tente de prendre les choses en main : « Attends, y’a peut être d’autres trucs, je vais regarder« 

18h33 : « Regarde celui là par exemple, ça a l’air pas mal aussi » Elle se tourne vers lui pour lui montrer… Ah ben, il est déjà devant la porte. « Bon allez viens on y va!!« 

18h34 : Elle comprend que ce soir, ça sera Hofbräuhaus ou ça ne sera pas.

19h00 : Ils arrivent dans le centre ville et n’ont aucun mal à trouver la brasserie. Le quartier est animé, il y a pas mal de restaurants et de cafés sympas tout autour.

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19h02 : Ils poussent les portes de la brasserie et entrent alors dans une monde parrallèle : celui où la bière est reine. 
La grande salle d’entrée peut acceuillir jusqu’à 1000 personnes. C’est une salle absolument immense où sont dressées à perte de vue, de grandes tablées en bois. Un brouhaha indescriptible y règne. Ca boit, ça parle fort et comme si tout cela ne suffisait pas, le fameux orchestre mentionné dans le guide de la musique. Ok, ça rajoute une note de floklore non négligeable mais quand même quoi …

19h03 : il se tourne vers elle et lui dit quelque chose mais elle ne comprend pas un mot.

19h04 : Elle est persuadée d’être sourde

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19h05 : Avec leurs habitudes de bons français, leur premier réflexe est de chercher une table libre. En France, jamais personne n’aurait l’idée saugrenue de s’installer à une table si il y avait déjà des gens assis. Le problème c’est qu’ici, ils comprenent vite que ça ne se passe pas comme ça. Non, non, non, ici, il faut ouvrir l’oeil et guetter la moindre place, aussi serrée soit-elle. Et quand elle est repérée, y filer tel un rapace, s’asseoir et n’en bouger sous aucun pretexte.

19h06 : Première tentative : ils  marchent au milieu de la salle, hallucinés par tous les litres de bières qui coulent à flot. A chaque table, pratiquement tout le monde tient un Mass à la main (un Mass, c’est un litre de bière pour 8€).

19h07 : Elle a peur.

19h08 : Ils arrivent au bout de la pièce sans avoir repéré la moindre petite place. L’homme redit quelque chose. Cette fois c’est sur, elle est sourde.

19h10 : il l’entraîne vers la terrasse.  
– Elle (en étant de choc) : « T’as vu tout ces poivrots ???? »
– L’homme (salivant littéralement) : « T’as vu toutes ces bières ???? »

19h11 : Sur la terrasse aussi, c’est archi-comble. Elle se souvient qu’il est dit dans le guide que les soirs de grande affluence, plus de 3 500 personnes peuvent s’y rassembler.

19h12 : Elle se dit qu’elle n’a aucune idée de ce que cela peut représenter mais se dit que 3 500 personnes assises au même endroit à boire de la bière, c’est quand même un peu trash.5

19h14 : 2ème tour à l’intérieur. Ils repèrent enfin 2 places libres. Elle bredouille en hurlant un vague « Excusez moi, peut-on s’asseoir? » en un mélange de français-anglais-allemand.

19h15: Ils n’ont pas eu l’air de s’y opposer alors elle s’assoit en se disant que bredouiller en hurlant est une expérience intéressante. Une fois assis, il faut choisir ce que tu veux et faire signe au serveur. Contrairement à ce que dit le Routard, Ils n’apportent aucune chope si elle n’est pas commandée. L’homme est catégorique : il veut son litron. Elle est un peu plus tempérée sachant qu’en règle générale, elle a déjà du mal à finir une petite bouteille de 25cl.

19h19 : Le problème, c’est qu’ici 25cl, ça n’existe pas. 25cl de bière en Allemagne, c’est pour les moins de 10 ans ou pour le petit-dej. Et ici, c’est balot, ils font pas petit-dej… elle se rabat sur 50cl.

19h25 : Ils viennent de renvoyer le serveur pour la deuxième fois vu qu’ils n’ont pour l’instant pu déchiffrer péniblement que la première ligne de la carte qui contient 6 pages.

19h40 : La commande passée, elle peut enfin observer plus en détail les gens autour. De toute façon, ici on peut pas parler, alors autant reluquer à droite à gauche. Ils sont au milieu d’une table avec à leur droite, un couple d’italien et à leur gauche un couple de français et leur fils d’une quinzaine d’années.

19h42 : elle se dit que le couple d’italien a l’air plutôt dans le coup puisqu’ils enchainent les plats et les bières comme s’ils avaient fait ça toute leur vie. Autre possibilité : ils choissisent au pif et n’ont aucune idée de ce qu’ils mangent, ce qui est nettement plus probable.

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19h45 : ils engagent la conversation avec le couple de français. Bla bla bla, d’où venez vous bla bla bla vous êtes ici pour combien de temps bla bla bla vous avez vu quoi de beau bla bla bla ah oui l’hotel de ville est splendide blabla bla… 

19h55 : Les bla bla allaient bon train jusqu’à ce que le fils, pauvre adolescent inconscient, lance le désir de vouloir ramener une chope chez lui.

19h56 : elle leur soumet l’idée, certes peu srcupuleuse mais ô combien courante, de finir la leur et de la glisser discretos dans leur sac.

19h57 : Yeux éberlués des parents. « Mais, c’est du vol » leur dit la mère.

19h58 : « Du vol?? Meuuuuuuh non ! Tout le monde le fait, tenez juste avant vous, le couple qui était à votre place l’a fait, ils ont piqué deux choppes carrément. Puis ils s’en foutent, vu le nombre de litres qu’ils passent à la soirée, ils s’en appercoivent même pas. Tenez, là sur la table, devant nous il doit y avoir quoi 9/10 choppes, si il y en a un de moins ou de plus, ils le voient pas.« 

19h59 : Elle s’arrête bien consciente d’en faire un peu trop. Elle est quand même en train d’inciter ces braves gens à commettre un délit. Elle cherche du soutien auprès de l’homme mais il est parti aux toilettes.

20h00 : La Mère : « Ah quand même, ça me gène (elle donne 10€ à son fils pour qu’il aille s’en acheter une à la boutique), je prèfère avoir la conscience tranquille, on est un peu cathos vous savez.« 

20h02 : Elle est déçue de ne pas avoir réussi à les convaincre et se noie dans son verre de bière pour oublier. 

20h05 : L’homme commence a devenir bavarois sur les bords et grisé par son premier litron, il en commande un deuxième.

20h06 : Elle pense : « ‘Tain, même pas 30 minutes qu’on est là. J’hallucine« 

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20h07 : Vu qu’ils ont quand même la dalle (la bière ça creuse) ils commandent des saucisses et des bretzels en apéritif. Oui je sais, ça me parait bizarre aussi comme apéritif mais sur le coup, ça leur parraissait bien, et surtout ça allait bien avec le cadre. 
Parce que bon, il faut bien le dire, s’ils avaient demandé des verrines aux 2 crabes et espumas d’avocats sur lit de concassés de tomates, pas sûr qu’ils l’auraient eu. Saucisses et bretzels : voilà une valeur sûre dans un tel endroit.

20h10 : L’homme retourne aux toilettes

20h20 : Une fois, les trucs ingurgités, les bières avalées et les amis français partis, ils décident de sortir dans la rue : pour prendre l’air, pour essayer de retrouver une partie de leur audition, et accessoirement pour trouver un endroit où manger.

20h24 : Juste avant de partir, elle glisse une chope dans le petit sac à dos et elle a trop peur de se faire chopper à la sortie (ce jeu de mot est naze, je vous l’accorde)

20h25 : L’homme va encore aux toilettes

20h30 : Une fois dehors, il y a un problème :  avec encore les oreilles qui bourdonnent et 2g d’alcool dans le sang, tous les restos leur semblent bien calmes. Limites endormis. En fait, ils sont justes normaux , mais dans leur état (oui je sais, c’est honteux, elle est ivre alors qu’elle n’a bu que 50cl), ça semble légèrement cul-pincé.

20h40 : Du coup, ils décident de retourner à l’intérieur. Genre ils remettent ça, ils ont pas bu encore assez de bière. Puis en plus ils font à manger. Les saucisses qu’ils ont pris en apéritf, ils ont qu’à en reprendre et dire que c’est le repas.

20h41 : Hum… mouais. « Sinon, salade c’est bien aussi non ?« 

20h42 : Apparement non. On dirait qu’elle vient d’insulter toute sa famille.

20h43 : Du coup, quitte à se faire une soirée trash, ils essaient de choisir une table avec des occupants bien chauds. Ils  s’assoient en compagnie d’un américain, un australien et deux allemands, qui ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam mais qui ont l’air de passer un sacré bon moment. Ils papotent avec eux.

20h50 : L’homme est de nouveau aux toilettes

(Note de l’auteur) : Bien que ce billet soit évidemment purement fictif, je vous préviens qu’à partir de là, je taierai le nombre de litres de bière commandées… à la fois pour « Elle », mais également pour « l’Homme » qui, l’air de rien, tient à sa réputation.

20h55 : l’Australien, il commence à chauffer l’homme. Il lui dit qu’il adore l’hymne français et lui demande de le chanter. 

20h56 : L’homme, plus saoûl qu’Elle, commence … mais comme il a quand même un peu honte, il l’entraine avec lui.

20h57 : « Non, non, non, pas question que je chante la Marseillaise, t’es fou ou quoi ?« 1

20h57 : « Allons enfants, de la patriiiiiie … « 

20h58 : « Le jour de gloire eeeeeest arrivéééé » « Putain, je chante la Marseillaise à un australien avec une bière à la main, je suis à deux doigts de la beauferie suprême« .

20h59 : « Contre, nous de la tyranieuh » « Par pitié, petit jesus, faites que je ne croise pas quelqu’un que je connaisse« 

21h00 : Ils sont rejoints par le groupe de jeune étudiants juste à coté d’eux. Ils sont français et font le tour de l’Europe pendant leur vacances (trop dur la vie d’étudiants).

21h02 : L’homme va faire un tour aux toilettes

21h05 : Une jeune fille, toute gentille, engage la conversation avec Elle : « J’adore ces ambiances là, je trouve ça trop génial, y’a vraiment qu’a Munich qu’on peut voir ça… On croise des gens de toutes nationalités, ils sont toujours super sympas, et toujours prêts à discuter… Munich, c’est vraiment trop génial, puis y’a plein de truc à faire »

21h06 : Elle a la vague impression que cette jeune fille sort plus de mot à la seconde que ce qu’il est humainement possible.

21h07 : « hier on est allés à la pinacothèque, c’était génial. Et vous avez vu l’église ??? Non pas celle là, celle qui est jaune ? Non ??? Mais il faut absolument y aller, elle est trooooooop belle à l’intérieur plus que l’autre. »

21h08 : Effectivement, elle parle trop vite … et trop tout simplement.

21h09 : « Et vous avez vu ce temps de fou, hier on avait trroooop chaud et là il pleut des cordes, c’est fou quand même, bon allez j’y vais, je vais rejoindre les autres; Salut! Bon séjour ! « 

21h10 : Elle se tourne vers l’homme « La vache, j’ai pas compris un mot de ce qu’elle a dit« .

21h12 : Ah oui, c’est vrai, l’homme n’est pas là, il est encore reparti aux toilettes.

21h25 : Ils blablatent encore avec les étrangers quand l’homme veut reprendre un autre Mass. Elle décide qu’il est grand temps d’agir : il n’a apparemment plus toute sa raison. Elle essaie de lui faire croire qu’elle a envie d’aller prendre un déssert ailleurs.

21h26 : Il fait semblant de pas entendre le bougre.

21h27 : Ah non, en fait il entend mais il comprend pas, c’est pire. Merci la bière.

21h28 : Elle propose de rentrer mais il veut pas : il se sent SU-PER-BIEN.

21h29 : il va donc falloir ruser. Elle fait croire que c’est elle qui en a marre et qui ne se sent pas bien pour l’inciter à rentrer.

21h35 : Ca marche. Décidemment, c’est une actrice hors-pair : ils sont dehors.

21h36 : il lui avoue en riant qu’il n’a aucune idée du chemin par lequel ils sont arrivés et qu’il compte sur elle pour les ramener à l’hotel. Elle ne trouve pas ça très drôle. Puis, elle se rappelle que la dernière fois, à Londres, c’était elle et qu’il l’a ramenée sans encombre.

22h01 : Arrivée à l’hotel sans problème sauf l’homme qui est passé par différents couleurs : bleu, vert, parfois un peu mauve …

22h30 : Ils sont couchés et si vous voulez tout savoir : le lit a tangué une bonne partie de la nuit. 
Mais non non, je vous arrête tout de suite… ce n’est pas ce que vous croyez bande de pervers… En fait, le lit n’a pas bougé d’un millimètre… Leur tête par contre, a fait 6 fois le tour du monde tant elle a tournée. 

La morale de cette soirée si toutefois il y en a une : 
c’est que trop de bière tue la bière … pendant plusieurs jours ils n’ont pas été capable de regarder un verre de bière sans avoir des hauts-le-coeur, mais bon sang … quelle soirée !

L’abus d’alcool est dangeureux pour la santé, à consommer avec modération … sauf en Allemagne.

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