Escapade au chantier médiéval de Guedelon

Parfois, l’homme et moi, on va dans des endroits bizarres fréquentés en grande majorité par 2 types de populations : les familles avec des enfants en bas-âge ou les personnes agées de plus de 70 ans.

Comme nous n’appartenons ni à l’une ni à l’autre de ces catégories, c’est généralement un peu honteusement que nous y allons. Le Chantier Médiéval de Guédelon en fait partie.

Guédelon Késako ?

Il s’agit d’un chantier hors du commun, commencé en 1997, et situé en plein coeur de la Bourgogne profonde (comprenez paumé au milieu de nulle part, à une heure de route à l’Est d’Auxerre, à coté de … rien, strictement rien), au coeur de la forêt de la Puisaye. 

Une cinquaintaine d’oeuvriers (c’est le terme de l’époque), tous métiers confondus, relève le défi de construire un château fort du type du XIIIème siècle avec les moyens et les matériaux de l’époque.

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Commencé il y a 13 ans, le chantier est aujourd’hui à ce niveau d’avancement. Il devrait être totalement fini en 2025.

Né à l’initiative de Michel Guyot, cette « idée folle » se veut être un laboratoire à ciel ouvert, recréant les processus de construction et l’organisation d’un chantier tel qu’il aurait pu exister au premier tiers du XIIIè siècle afin de les étudier et les comprendre.

Contrairement à l’archéologie « classique » qui s’attache à répertorier, décortiquer, analyser un bâti existant, l’archéologie expérimentale utilise un processus inverse. L’édifice est construit de toute pièce pour aboutir, au terme d’expérimentations et d’observations, à des résultats probants.

Pour mener à bien ce projet, salariés et bénévoles s’affairent : des carriers, tailleurs de pierre, maçons, bûcherons, charpentiers, forgeron, tuiliers, charretiers, vannier, cordier, et chacun travaille avec les moyens d’autrefois.

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Personne plus qu’indispensable sur le chantier, le forgeron fabrique et répare tous les outils des oeuvriers. S’il est absent plus de quelques jours, le chantier peut être arrêté.

Autour du chantier, toutes les matières premières nécessaires à la construction sont présentes : pierre, bois, terre, sable, argile… Ne reste plus qu’à les exploiter.

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Le bois de la fôret environnante est extrait au besoin pour construire charrettes, charpentres, poutres …

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Des animaux sont également élevés sur le site. Vaches, ânes, chevaux, porcs… et quelques moutons qui produisent de la laine, que les tisseuses tissent et colorents afin d’en faire les vetements des oeuvriers.

Par contre, ils sont pas totalement fous à Guédelon : si la fabrication à la main ou le montage d’une pièce ne présente aucun intéret archéologique, ils utiliseront des machines. (ex : aplanir le sol au début du chantier. De mémoire, il fallait 1 jour avec une machine, et quelque chose comme 3 mois à la main … ils ont choisi la machine)

Autre concession très XIème siècle : la sécurité. L’air de rien, les oeuvriers sont des salariés et le chantier soumis aux mêmes règles de sécurité qu’un chantier classique. Donc c’est chaussures, casque et lunettes de sécurité pour tout le monde. Mais ça passe plutôt bien en fait.

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On ne plaisante pas avec la sécurité. Le tailleur de pierre, en pleine taille de la prochaine cléf de voûte, porte chaussures, lunettes et protections auditives.

Je redoutais un peu que le résultat fasse un peu trop parc d’attraction… mais finalement je n’ai pas du tout eu ce sentiment une fois sur place. 

On se prend vite au jeu… On prend le temps de regarder le forgeron travailler, d’observer comment se fabrique et se cuit une tuile, de voir comment le chapentier sculpte sa poutre ou encore comment on s’y prend pour monter une pierre avec une roue …

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Chaque tuile est formée une à une à la main en utilisant un cadre en bois.

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Une fois cuites, elles sont entreposées à ciel ouvert en attendant d’être posées.

De plus, les oeuvriers se prêtent volontiers aux questions des visiteurs et y répondent toujours gentiment.

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Comment monter des blocs de pierres de plus de 200 kilos en haut des tours ? Avec le système de la cage à écureuil pardi !

Le chantier avance d’années en années et devrait être terminé en 2025. Bref, une escapade assez sympa, que je recommande si l’occasion se présente.

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Ouvrage magnifique : la charpente de ce qui sera prochainement la salle principale du château. Grandiose.

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Alors que les clefs de voûte du XIIème siècle sont connues pour avoir toujours quelques centimetres de jeu qu’il faut combler à l’assemblage, cette clef de voûte est frappante par sa perfection.

Pour plus d’info sur Guedelon : www.guedelon.fr

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