Planète A

terre_europeQuand on était enfant et qu’on étudiait le système solaire en classe, on nous a appris Saturne, Vénus, Uranus et Pluton… On nous a appris les distances inimaginables, les températures extrêmes, les climats invivables. Pourtant, parmi tout ça, il y a une planète dont on ne nous as jamais parlé.

Cette planète, c’est la Planète A.

On ne nous en a jamais parlé car elle est si éloignée de la Terre qu’il est difficile de bien la connaître. C’est une planète au climat instable : il n’y fait pas chaud ni froid mais la météo peut varier d’un instant à l’autre. Alors que le soleil est au beau fixe, il peut tout à coup se mettre à pleuvoir à torrent et le tonnerre à gronder violemment. C’est une planète étrange, bien loin de ce que nous connaissons. 
Cette planète compte de plus en plus d’habitants. Non pas qu’ils se reproduisent entre eux, mais chaque jour, une navette déverse de nouveaux arrivants. Certains sont âgés, d’autres moins…

C’est une planète où les considérations matérielles sont bien différentes de la nôtre. Les gens ne vont pas travailler, ils n’ont pas faim, pas chaud, pas froid, pas d’envie particulière, pas de besoin. Ou si ils en ont, ils ne savent pas comment les exprimer et les satisfaire.

On accède sur la planète A par une navette d’une rapidité déconcertante. Cette navette les cueille un jour, dans le cabinet de consultation d’un neurologue qui leur annonce : « Départ immédiat pour la planète A« . 
Ils n’ont pas le temps de faire leurs bagages. Ils sont obligés de partir sans avoir le temps de dire au revoir à ceux qu’ils aiment, leurs conjoints, leurs enfants, leurs amis… Ils laissent toute leur vie derrière eux et s’envolent.

Vont s’en suivre des années d’aller-retour Terre / Planète A… Bientôt ils connaîtront le trajet par coeur. 

Quand ils atterrissent, ils ne comprennent pas bien ce qu’ils viennent faire là. Ils ne savent pas, ils sont effrayés : comment se comporter sans repère dans cet univers inconnu ? 

Les premiers temps, l’acclimatation étant délicate, ils ont la possibilité de retourner rapidement sur Terre, leur ancien chez eux. Ils reviennent à l’improviste, quand on ne s’y attend pas. On les croyait partis à jamais mais tout à coup, ils sont là. Et tout est presque comme avant. On rit, on profite de la vie …
  
Malgré tout, ils ne sont plus tout à fait les mêmes : quoi qu’il arrive, une partie d’eux reste sur la planète A. On ne se comprend plus bien, on a plus les mêmes problèmes quotidiens : au fil du temps, l’écart se creuse. Puis, c’est embêtant, ils laissent toujours leurs mots et leurs souvenirs là bas.. Si bien qu’eux même ne savent pas décrire comment est cette planète.

Tôt ou tard, ils sont obligés de repartir : la navette n’attend pas. Elle est à l’heure, inexorablement. Pas de retard, pas d’annulation, pas de grève. Quoi qu’il arrive, elle les ramènent sur A.

Au fil du temps, la planète A leur fait moins peur, elle devient familière. Ils s’y sentent bien. 
Et puis arrive le jour où ils oublient de prendre la navette retour pour la Terre. Une navette … puis deux… puis trois … les horaires ont changés, le trajet est plus long, l’arrêt est plus loin … Ils n’ont plus envie. Plus envie de revenir, ce n’est plus chez eux à présent. Eux qui toute leur vie ont fait des efforts, ils n’ont plus envie de lutter.

Et puis finalement à quoi bon revenir… chez eux maintenant, c’est la planète A. 

Espérons juste qu’ils s’y sentent bien.

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