Les heures souterraines de Delphine de Vigan

J’avais prévu de vous parler d’un autre bouquin mais finalement, vu la date, je crois que celui-ci s’impose.

Par hasard (mon coté cartésien m’empêche de dire que c’est un signe), il se trouve que je l’ai fini quelques jours avant le 20 mai. Date à laquelle se passe ce roman.

En effet, « Les heures souterraines » retrace la journée du 20 mai 2009 pour Mathilde et Thibault. Ils ne se connaissent pas et leur seul point commun est d’être deux âmes seules, en souffrance et perdues dans Paris.

Mathilde, veuve, 3 enfants, est cadre depuis 8 ans dans une grande entreprise. Numéro 2 de sa société, ses compétences et ses qualités professionnelles ne sont plus à démontrer. Elle excelle dans son domaine, dirige une équipe de plusieurs personnes… Pourtant depuis quelques mois, son supérieur l’a prise en grippe. Pour une raison qu’elle ignore, même si elle essaie de comprendre pourquoi de manière quasi-obsessionelle. Ainsi, tous les jours, elle se rend à un travail où elle n’est plus attendue et où elle n’a rien à faire. Assise toute la journée à attendre.

 

Thibault quant à lui est célibataire, la quarantaine et medecin pour les Urgences Médicales de Paris. Il croise toute la journée la souffrance physique mais surtout la solitude et le mal-être. Il est l’amant de Lila dont il est fou amoureux mais qui ne l’aime pas en retour. Coincé dans cette relation toxique dont il n’arrive pas à se défaire. Obsédé. Lui aussi en souffrance. Seul dans une ville aux millions d’habitants.   

Quand les médias ont tant parlé des suicides chez France Telecom ou autres grandes entreprises, j’ai eu du mal à comprendre comment il était possible de souffir à cause de son travail au point de ne plus vouloir vivre. A comprendre pourquoi, quand la souffrance était si tenace, il était si difficile de laisser tomber et de passer à autre chose. Mais c’est pourtant bel et bien une réalité aujourd’hui. La souffrance au travail et la mise au placard n’a rien d’un film comique français pour des centaines de personnes : c’est parfois le quotidien de gens comme toi et moi.  

Durant tout le récit, on suit la déscente aux enfers de Mathilde, la montée de son mal-être, les collègues qui s’écartent tous un par un, la solitude qui s’en suit, la perte de confiance, le manque d’envie, l’angoise du vide, les anecdotes qu’on ne raconte plus aux enfants ou aux amis, l’isolement dans lequel on s’enferme.

Parrallèlement et sur un autre registre, l’histoire de Thibault est également très prenante. On a certainement tous connu cette situation de désirer une personne qui ne nous aime pas. D’être obsédé par elle avec toutes les frustrations et la perte de confiance en soi que cela peut engendrer.

J’ai beaucoup aimé ce livre et le style d’écriture original de Delphine de Vigan que je découvrais. J’ai aimé les deux histoires en parrallèle, et ce croisement ultime, furtif et beau.

Dans le livre et pour les deux personnages, le 20 mai est une date clé dans leur vie. Elle est synonyme de grand changement, de décisions douloureuses, de remise en question… Vu que le roman se passe en 2009, j’ai imaginé quelle pourrait être la vie de ses deux personnages aujourd’hui, un an après, la situation dans laquelle ils seraient, ce qu’ils auraient fait de leur vieux démons …

Et pour nous, que nous réserve ce 20 mai ? chamboulement ou train-train quotidien ? 

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